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Bronzage artificiel et vitamine D : le point avec l’INCa qui souligne un rapport bénéfice/risque… négatif

L’Institut national du cancer (INCa) a été saisi par la Direction générale de la santé pour apporter un éclairage scientifique à certains messages, parus dans la presse grand public, qui évoquent un effet protecteur des rayonnements ultraviolets (UV) sur l’incidence de certains cancers non cutanés, en raison de leur rôle dans la production de vitamine D. Certains scientifiques émettent, en effet, l’hypothèse qu’une faible concentration en vitamine D pourrait être à l’origine de l’augmentation du risque de certains cancers non cutanés.


L’analyse des éléments scientifiques disponibles sur ce thème montre que le niveau de preuve de cette affirmation est limité. Il apparaît en effet que :

- l’hypothèse selon laquelle le rayonnement UV est un facteur protecteur contre certains cancers (sein, prostate ou côlon) ne repose que sur des études de faible niveau de preuve ;

- la relation entre la concentration sérique (dans le sang) en vitamine D et certains cancers reste à éclaircir et semble contradictoire si l’on considère les différentes localisations concernées (diminution du risque de cancer colorectal mais augmentation du risque de cancer du pancréas pour les doses élevées de vitamine D) ;

- certains travaux, réalisés sur un faible échantillon de population, établissent un lien positif entre production de vitamine D et expositions aux UV artificiels. Toutefois, aucune étude n’a été menée sur des appareils correspondant aux caractéristiques strictement définies par la réglementation française. Les résultats obtenus ne peuvent donc pas être transposés en l’état aux appareils mis à disposition du public en France.

- Etant donné que les UV artificiels sont des cancérogènes avérés et que l’apport en vitamine D est possible par voie orale (apports alimentaires, consommation d’aliments enrichis en vitamine D et/ou supplémentation en vitamine D), l’utilisation des bancs solaires comme source de vitamine D pour la population générale ne peut, en aucun cas, se justifier. Pour rappel, la notion de « déficience » en vitamine D couramment utilisée, ne s’accompagne pas de manifestations cliniques particulières et n’est pas associée à un risque identifié.

En revanche, la « carence » en vitamine D est associée à une augmentation du risque de certaines pathologies osseuses. Néanmoins, en France, la carence ne toucherait que 4,5% de la population, selon une étude de l’InVS de 2007. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a indiqué, dès 2003, que les carences en vitamine D doivent être compensées par la voie alimentaire et non par l’exposition aux UV naturels ou artificiels.

L’Institut National du Cancer souligne donc que la pratique du bronzage par UV artificiels est fortement déconseillée, qu’elle ne peut faire référence à un quelconque bénéfice pour la santé et que les dispositions règlementaires françaises ne permettent pas d’éliminer le risque de cancer associé à cette pratique. Le rayonnement émis par les installations de bronzage artificiel a été classé dans la catégorie des « cancérogènes certains pour l’homme » en 2009 par le Centre international de recherche sur le cancer.

L’INCa rappelle que l’exposition aux rayonnements ultraviolets (solaires et artificiels) représente le principal facteur de risque environnemental des cancers de la peau. Avec près de 80.000 nouveaux cas par an, les cancers cutanés sont parmi les cancers les plus fréquents et sont ceux qui ont le plus augmenté ces cinquante dernières années. La forme la plus agressive, le mélanome, a vu son nombre tripler entre 1980 et 2005 et, selon les projections de l’InVS, près de 9.800 nouveaux cas et plus de 1.600 décès par mélanome cutané sont estimés en 2011.


Publié le Mardi 20 Décembre 2011 dans la rubrique Santé | Lu 1660 fois