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Senior Actu

Belgique - Habitat intergénérationnel & alternatif au Benelux avec Mme Van Espen de Senior Innovation

Mme Myriam Van Espen dirige le cabinet de conseil et services en matière de gérontologie Senior Innovation. En ce début d’année 2005, nous avons décidé de faire le point avec elle, sur les différentes expériences d’habitats intergénérationnels et alternatifs qui existent dans le Benelux et profitons de son expertise pour faire un parallèle avec la France.


En terme d'habitat alternatif pour les personnes âgées, pourriez-vous nous donnez quelques exemples concrets de solutions adoptées en Belgique ?

Les sites expérimentaux sont nombreux et la liste est donc loin d’être exhaustive. Je citerai ici trois exemples encore souvent méconnus à l’étranger :

1. L’antenne Andromède située en milieu urbain
Cette expérience existe depuis une vingtaine d’années. Elle est menée sous la tutelle d’un Centre public d’aide sociale, équivalent de vos CCAS en France. L’objectif principal de l’antenne Andromède est d’apporter des solutions aux problèmes liés à la solitude des personnes âgées. Les habitants se choisissent par cooptation. Le projet couvre six appartements occupés par 5 résidents. L’aide professionnelle est flexible. Une réunion entre ces professionnels et les résidents a lieu très régulièrement et un travailleur social visite fréquemment les différentes unités. Cette formule d’accueil est intéressante également sur le plan financier et se trouve donc souvent accessible aux personnes à revenus modestes.

2. Le concept Abbeyfield
L’idée est née au cœur de Londres au milieu du vingtième siècle. A l’heure actuelle, plus de 10 000 personnes vivent dans des maisons Abbeyfield à travers le monde. Cette formule est souvent accessible à des revenus modestes car l’investissement de départ provient de fonds publics ou de dons. Il s’agit d’une formule de vie communautaire où la solidarité entre les habitants joue un rôle important. Une autre clé du dispositif est le volontariat. En effet, un groupe de volontaires collaborent au fonctionnement de la maison et sont attentifs à insérer les habitants dans la vie sociale du quartier. Afin de garantir le bon fonctionnement logistique de la maison et des services communs, il arrive qu’ « une maîtresse de maison » soit engagée à cet effet. Ce type de projet est géré par les habitants eux-mêmes et les volontaires. Ce sont les deux composantes de base du conseil d’administration de l’association, propre à chaque maison. A l’heure actuelle, un projet existe en milieu semi-rural et un autre vient d’ouvrir en milieu urbain.

3. Ten Kerselaere
Il s’agit ici d’une expérience pilote en Communauté Flamande qui a développé un concept de zone d’habitat et de soins. De manière générale, tout est conçu de manière à éviter une ambiance strictement hôtelière ou médicalisée. La réflexion s’est orientée vers la création d‘une atmosphère chaleureuse et agréable pour tous (professionnels, résidents, familles et visiteurs). L’offre de réception est très plurielle et essaie de déployer un éventail de formules d’accueil pour la population environnante.

Depuis quand ces nouvelles alternatives existent-elles ? Quel bilan peut-on en tirer ?

En Belgique, la créativité et la recherche de nouvelles alternatives se sont développées progressivement sur l ‘ensemble du territoire depuis une vingtaine d’années à présent..
A l’origine, ce sont très souvent des citoyens et des associations qui se sont mobilisés pour réaliser des expériences innovantes. Ces dernières ont encore souvent aujourd’hui un caractère expérimental mais le dialogue avec les pouvoirs publics compétents est soigneusement entretenu, les acteurs veillent à ce que l’information circule régulièrement à tous les niveaux de pouvoir et les formules alternatives rentrent ainsi progressivement dans les mentalités.

A l’heure actuelle, le bilan est intéressant. La relative autonomie des entités fédérées et le croisement de trois cultures (néerlandophone, francophone, germanophone) est source continue de richesses et d’idées nouvelles. De plus, un dialogue constructif entre l’Etat fédéral et les entités fédérées a permis de consolider le financement de nouvelles formules d’accueil à partir de 2003 et d’appréhender les problématiques communes de manière transversale entre les Communautés/Régions et l’Etat fédéral.

Qu'en est-il de la Hollande ?

C’est aussi un pays où de nombreux projets expérimentaux ont été développés depuis les années 1980. Les objectifs ont clairement été d’éviter au maximum l’hébergement en institution, d’aborder la thématique de l’habitat des seniors de manière préventive et d’organiser une bonne information actualisée et facilement accessible à la population .

La création d’un groupe pilote d’expérimentation en matière d’habitat au niveau national s’est avérée très utile et les différentes formules réalisées ont été soutenues par les pouvoirs publics et bien médiatisées.

Vous qui naviguez entre nos deux pays, où en est la France en terme d'habitat alternatif ?

J’ai l’impression qu’en France l’approche de la personne âgée est encore trop souvent médicalisée par l’ensemble de la société au détriment de l’encouragement à l’autonomie et du développement de la convivialité.

Pourtant, il existe déjà un certain nombre de formules alternatives d’habitat ou d’accueil qui mériteraient de retenir l’attention et d’alimenter la réflexion collective. Je songe notamment à la Ville de St Herblain qui a créé des petites unités de vie pour des personnes âgées souffrant de troubles physiques et/ou psychologiques, à la ville de Villeurbanne qui a ouvert des maisons communes ou encore à un nouveau concept nommé « Villa Family » présenté par l’association Ages et Vie.

Simplement, je pense qu’à l’heure actuelle, ces différentes expériences manquent encore de visibilité au niveau du grand public et des décideurs ainsi que de coordination entre elles.

J’ai confiance dans l’avenir car votre pays a vécu un grand choc lors de la canicule et je crois que les mentalités évoluent très vite à présent.

Mme Van Espen, vous dirigez le cabinet Senior Innovation, pouvez-vous nous présenter votre activité ?

Senior Innovation est un cabinet spécialisé en conseils et services en matière de gérontologie. Son expertise porte sur les questions d’emploi, de santé et d’affaires sociales concernant le vieillissement de la population.

Les services de Senior Innovation s’adressent à toutes les personnes confrontées à ces questions, qu’elles soient dans le domaine des entreprises, professionnelles du secteur sociosanitaire, responsables politiques ou simplement en charge d’une personne âgée.

Nos services offrent des conseils personnalisés, des formations, des études ou recherches et de l’information gérontologique et se développent sur la Belgique et la France.

En ce début d’année 2005, est-ce que vous souhaitez ajouter quelque chose ?

La « révolution grise » est une chance unique pour l’ensemble des pays occidentaux . Elle représente un potentiel de richesses et d’expériences unique dans l’Histoire de l’Humanité.

A l’heure actuelle, il devient urgent de valoriser davantage les compétences trop souvent ignorées des aînés et de les encourager à être porteurs et acteurs de projets car si nous voulons construire une société viable à long terme, il importe d’activer le désir de vivre ensemble, tous âges confondus et d’éviter une guerre entre les générations.

C’est ainsi que pourra s’enraciner un projet d’une société pour tous les âges, tel que décidé à l’Assemblée Mondiale du Vieillissement en 2002.

Propos recueillis par Jean-Philippe Tarot © Senioractu.com 2004


Publié le Mercredi 12 Janvier 2005 dans la rubrique Maisons de retraite | Lu 6140 fois