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BPCO : vous manquez de souffle ? Alors, bougez ! Par le Dr Daniel Piperno

BPCO, pour broncho-pneumopathie chronique obstructive. Le sigle et sa signification demeurent très peu connus du grand public. Ils désignent pourtant une maladie fréquente, qui toucherait plus de 3 millions de personnes en France. A terme, elle peut nécessiter des hospitalisations à répétition, voire même une assistance respiratoire (oxygénothérapie). Le point avec le docteur Daniel Piperno, pneumologue libéral à Lyon.


BPCO : vous manquez de souffle ? Alors, bougez ! Par le Dr Daniel Piperno
Tousser ou être essoufflé devrait faire consulter

La BPCO survient dans la majorité des cas chez un fumeur ou une fumeuse, même jeune (dès la quarantaine). Elle peut également apparaître chez ceux qui exercent certaines professions, des agriculteurs aux souffleurs de verre, en passant par les soudeurs et les employés du textile. Elle se manifeste au début par une toux persistante ou récurrente, grasse, qui ramène des crachats. Un essoufflement s’installe de façon progressive, d’abord à l’effort puis au repos.
 
Ces symptômes sont souvent qualifiés de « toux du fumeur » ou de « bronchite chronique ». Deux expressions qui banalisent, et donc minimisent. « Il n’est pas normal de tousser quand on fume, ni de faire deux bronchites par an, martèle Daniel Piperno. C’est parfois le début d’une maladie chronique. Tousser signifie qu’il existe déjà une irritation des bronches. Très vite, il se produit un remodelage de leurs parois, qui peut aboutir au « O » de la BPCO, c’est-à-dire une obstruction ». Seule une mesure du souffle (exploration fonctionnelle respiratoire) permet de faire le diagnostic de BPCO et d’évaluer son importance (stade I à IV).
 
Une maladie qui atteint aussi les muscles

La BPCO essouffle, pour des efforts physiques de moins en moins importants. Spontanément, les patients commencent à réduire leurs activités physiques très tôt, dès le stade I de la maladie. Cette réduction entraine un déconditionnement physique progressif. Cette maladie s’accompagne également d’une diminution à la fois de la masse musculaire et de la proportion de fibres musculaires responsables de l’endurance. Ces modifications limitent les possibilités d’exercice et réduisent la tolérance à l'effort, encore plus que ne le ferait un essoufflement isolé. « Mais les anomalies musculaires sont réversibles, insiste Daniel Piperno.
 
Si les patients, sans faire du sport, bougent davantage, ils récupèrent de la masse musculaire et rétablissent le rapport des fibres musculaires. Toutes les méta-analyses publiées ces dernières années démontrent que l’activité physique entraine une amélioration de la tolérance à l’exercice et de la qualité de vie, mais aussi une diminution de l’essoufflement. Elle diminue également les exacerbations de la maladie, le nombre et la durée des hospitalisations. Dans la BPCO, l’activité physique fait beaucoup mieux que les médicaments ! Elle est possible à tous les stades de la maladie, même pour un patient sous oxygène ».
 
Des exercices adaptés

Dans les formes débutantes, il s’agit d’intégrer une (petite) dose d’activité dans son quotidien. « Le médecin peut conseiller par exemple de marcher une demi-heure à trois-quarts d’heure par jour. C’est un bon début, indique Daniel Piperno. En cas de BPCO modérée à sévère, avec essoufflement persistant malgré un traitement adapté, une réhabilitation respiratoire est indiquée et elle comporte un réentrainement à l’exercice : il peut s’agir de marche, de vélo ou de tapis roulant, associé à de la musculation et des assouplissements.
 
La réhabilitation comporte aussi de l’éducation thérapeutique. C’est un programme très complet ». Il peut être réalisé par différentes structures (hôpitaux, centres spécialisés, réseaux de soins…), en hospitalisation complète, en ambulatoire et même maintenant à domicile. Le groupe Alvéole de la Société de Pneumologie de Langue Français (SPLF) en a dressé un annuaire par région, accessible en ligne. « Leur répartition reste très inégale sur le territoire » signale Daniel Piperno. Une autre difficulté tient au non remboursement d’un traitement pourtant recommandé, encore très récemment, par la Haute Autorité de Santé.
 
« Actuellement, une prise en charge n’est possible que pour les réhabilitations opérées par les structures hospitalières ou ambulatoires qui ont un prix de journée, dans le cadre d’accords locaux avec les Agences régionales de santé ou encore par le biais des réseaux de soins » pointe Daniel Piperno.


Publié le Jeudi 22 Janvier 2015 dans la rubrique Santé | Lu 4185 fois