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Augmentation de la mortalité chez les couples âgés en cas de maladie ou décès du conjoint

Alors que certaines personnes âgées qui vivent en couple depuis des décennies finissent par se ressembler physiquement, de même, le taux de mortalité augmente chez les conjoints seniors lorsque l’un des deux décède ou est atteint d’une grave maladie, indique une récente et grande étude américaine parue dans la revue médicale spécialisée New England Journal of Medicine.


Cette longue étude a été menée par le Dr Nicholas A. Christakis de l’école de médecine d’Harvard et par le sociologue Paul D. Allison de l’Université de Pennsylvanie. En se basant sur des dossiers de la Sécurité sociale américaine (Medicare), ils ont ainsi étudié 518.240 couples dont l’âge moyen était de 75 ans pour les hommes et de 72 ans pour les femmes. Les conjoints ont été suivis pendant une période de neuf ans.

Cette étude « ne fait que » traduire en chiffre un phénomène que bon nombre de médecins ou aides-soignants connaissent déjà bien. L’augmentation du stress du à la perte d’un être cher ou à sa maladie peut accroître les risques de décès du conjoint survivant ou aidant, homme ou femme, dans les douze mois suivants.

« Cela est plus courant chez les couples qui sont mariés depuis cinquante ou soixante ans » souligne la directrice d’un hôpital de Los Angeles (Californie). « C’est une situation qui survient plus souvent chez les conjoints où l’identité du couple dépasse l’identité individuelle des personnes âgées, et plus particulièrement lorsqu’il n’y a pas d’enfants ou de familles. Dans ces cas là, il n’est pas rare d’entendre : je n’ai plus de raison de vivre, il ou elle était ma seule ressource » ajoute ce médecin.

Ainsi, selon cette étude, la mort d’un conjoint augmente le risque de décès du survivant dans les douze mois, de 21% chez les hommes, et de 17% chez les femmes. L’hospitalisation de l’époux(se) augmente ce risque dans les mêmes proportions au cours du premier mois et s’accentue encore sur le long terme (+25%). « Il est extrêmement difficile d’accepter la maladie chez un être qui nous est proche. Il est aussi difficile de s’en occuper et cela peut se ressentir sur la santé de l’aidant naturel » précise le Dr Christakis. « Les conjoints sont interconnectés et leur santé aussi ».

Les hommes sont les plus à risque. Si leur femme est hospitalisée pour démence, 8,4% des messieurs décèdent dans l’année. Pour les maladies psychiatriques, le chiffre est de 7.5% et de 6.9% pour les attaques. En revanche, si la conjointe est hospitalisée pour un cancer du colon ou pour tout autre type de cancer, le taux de mortalité du mari n’augmente pas. Les scientifiques pensent que cela peut s’expliquer par les longues périodes de « bonne santé » que certains patients atteints de cancer peuvent connaître.

En ce qui concerne les femmes, les taux sont légèrement plus faibles. Quand leur époux est hospitalisé, leur taux de décès augmente significativement pendant environ un mois et diminue ensuite avant de remonter après six mois. Enfin, les scientifiques soulignent que les aînés masculins et les femmes âgées pauvres sont les personnes les plus à risque.

Les causes de ces décès sont des attaques cardiaques, des suicides, des accidents ou encore des infections, précise le Dr Christakis. « La perte d’un conjoint est l’un des stress le plus important qu’une personne puisse connaître dans sa vie » conclut le Dr. Mary Harward, spécialiste en gériatrie dans un hôpital de Californie.
Augmentation de la mortalité chez les couples âgés en cas de maladie ou décès du conjoint


Publié le Mardi 28 Février 2006 dans la rubrique Divers | Lu 12627 fois