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Senior Actu

Au boulot ! Chronique par Serge Guérin

L’invention des seniors est liée à la question du financement des retraites et à l’emploi des plus de 50 ans. Cette question assez peu présente dans l’élection présidentielle va resurgir rapidement. Il va bien falloir que la nouvelle équipe qui prend le pouvoir se mette au travail… Elle est centrale. Y compris pour assurer le vivre ensemble entre les générations.


Lors d’une discussion récente avec Michel Rocard, ce dernier me rappelait qu’il avait crée à la suite de la présentation du Livre Blanc sur les retraites, qui reste la première tentative de créer un diagnostique partagée sur les enjeux du vieillissement, une mission de dialogue sur les retraites. Mission qui fut annulée par Edith Cresson…

Or, c’est bien cela qu’il faut mettre en œuvre : multiplier les rencontre décentralisées pour que l’opinion publique soit convaincue des enjeux. On ne peut réformer contre la population. Mais on peut expliquer que le meilleur moyen de tuer la retraite c’est de faire du sur-place.

Le taux d’emploi des 55/64 ans est en France de 37 % alors que les pays d’Europe se sont donnés pour objectif d’atteindre une moyenne de 50 % en 2010 et qu’il dépasse les 70 % en Suède.

D’une certaine façon, le modèle social à la Française donne la priorité à l’assurance d’une compensation économique du non travail plutôt qu’à la mise en œuvre de moyens assurant le droit à un travail pour tous et durant toute sa vie.

Or, le maintien en emploi des plus de 50 ans permet d’agir en faveur de l’intergénération et de l’équité entre les générations. D’un côté, les plus âgés restent au contact des plus jeunes ; d’autre part en poursuivant une activité professionnelle, les seniors contribuent à la dynamique générale et favorisent ainsi l’emploi des plus jeunes. .../...
Au boulot ! Chronique par Serge Guérin

La perte liée à la baisse d’activité des seniors se comptent en heures de travail et donc de création de richesse perdues. Et perdues pour tout le monde. C’est aussi une amputation du pouvoir d’achat des personnes concernées et donc de la consommation et des emplois en moins.

Le report de l’âge de départ à la retraite permet une autre forme d’équité en réduisant la pression sur la retraite par répartition. On évite ainsi la hausse des cotisations supportées par les actifs et on éloigne les menaces pour les retraites futures.

L’éviction des plus jeunes et des plus âgés a contribué aussi au développement de représentations négatives de part et d’autres. Les premiers accusés d’être peu mobilisés par le monde du travail et les seconds d’être en incapacité de répondre aux besoins des entreprises…

Les plus jeunes sont enfermés dans un statut de post adolescence et les plus âgés renvoyés déjà dans l’abîme du déclin.

De ce point de vue, la politique de mise en préretraite initiée il y a plus de trente ans a non seulement causée une perte de dynamique économique, et de recettes sociales, mais, plus grave encore, a conduit à un « vieillissement » de l’âge.

Alors que l’allongement de la vie se conjugue avec un ralentissement du vieillissement nous conduisant à être « jeune » de plus en plus longtemps, l’entreprise a renvoyé un regard inverse en faisant de salariés de 45 ans des seniors précoces, des vieux avant l’heure…
Les efforts ne peuvent être demandés que si chacun a l’impression que la communauté dans son ensemble est engagée. Il s’agira alors de permettre, enfin, un vaste débat public et construire un compromis social offensif.

Serge Guérin
Professeur à l’ESG
Auteur du Grand retour des seniors, Eyrolles


Publié le Lundi 7 Mai 2007 dans la rubrique Chroniques | Lu 3582 fois