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Au Nigeria, le sida n’épargne ni les personnes âgées, ni les plus jeunes

Le sida détruit le continent africain depuis 25 ans. Dans certaines régions, et notamment au Nigeria, le VIH a décimé presque deux générations d’individus âgés de 15 à 40 ans, ce qui fait que maintenant, ce sont les grands-parents qui sont en charge de leurs enfants malades et/ou de leurs petits-enfants orphelins, indique un récent article d’Irin, service d’information rattaché au Bureau de Coordination des Affaires Humanitaires des Nations Unies.


Parfois lorsqu’il part labourer les champs, Kuzonyawo Tanko, un homme voûté aux cheveux blancs, craque et fond en larmes en repensant au malheur que le sida a infligé à sa famille. Kuzonyawo Tanko et sa femme Tani ont eu six enfants, mais quatre d’entre eux sont morts, l’un dans un accident et les trois autres des suites du VIH/SIDA.

Le vieil homme a travaillé dur pour scolariser ses enfants à l’époque où le Nigeria venait d’obtenir son indépendance. Il avait imaginé que ses enfants s’occuperaient de lui lorsqu’il serait vieux.

« Quand j’avais encore des forces … j’espérais que mes enfants grandiraient et auraient un bon travail. Mais la situation s’est inversée », a déclaré Kuzonyawo Tanko, dont le nom signifie « écoute mon opinion » en gbagyi, la langue locale.

Le Nigeria affiche un taux de prévalence du VIH/SIDA de 4,4%, selon les autorités, soit près de quatre millions de personnes vivant avec le VIH dans cet immense pays de quelque 130 millions d’habitants, le troisième pays le plus lourdement touché par l’épidémie en nombre de personnes infectées, après l’Inde et l’Afrique du Sud.

Selon les autorités, seules 72 650 personnes suivent un traitement antirétroviral (ARV), sur plus de 400.000 qui en auraient besoin. Les Nigérians séropositifs meurent donc souvent jeunes, laissant parfois derrière eux des enfants dont il faut s’occuper.

Le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) estime à 1,8 million le nombre d’enfants nigérians qui ont perdu un ou leurs deux parents à cause du VIH/SIDA – soit le taux le plus élevé d’Afrique. Les orphelins du sida sont pris en charge par les membres de la famille élargie, qui n’ont souvent pas les moyens de subvenir à leurs propres besoins, a expliqué l’agence onusienne.

Trop de bouches à nourrir

Kuzonyawo Tanko, un septuagénaire triste qui ne sait ni lire ni écrire, se bat pour prendre soin de ses 10 petits-enfants orphelins du sida. Il a travaillé toute sa vie dans les champs, mais son âge ne lui permet plus de cultiver autant de terres qu’avant. Par conséquent, il dépend de l’aide de sa femme, qui a une soixantaine d’années.

Seule Gloria Tanko, l’un des deux seuls enfants encore en vie de Kuzonyawo Tanko, rapporte régulièrement un salaire qui fait vivre toute la famille. Agée de 45 ans, Gloria élève, seule, ses trois enfants. Son salaire sert à nourrir, vêtir et scolariser ses neveux et nièces.

Gloria Tanko travaille pour le gouvernement en tant d’agent sanitaire dans une clinique prénatale. Son salaire de base, qui ne dépasse pas 20 000 nairas (environ 150 dollars) par mois, ne lui permet pas de joindre les deux bouts, a-t-elle indiqué. « Parfois, je suis obligée d’aller supplier l’école de continuer à accueillir les enfants jusqu’à ce que je reçoive mon salaire suivant », a-t-elle confié.

La famille de Kuzonyawo Tanko est l’une des millions de familles nigérianes qui se battent pour faire face aux conséquences de la pandémie du VIH/SIDA qui ravage le continent africain.

L'Afrique subsaharienne compte à peine plus de 10% de la population mondiale, mais elle abrite plus de 60% des personnes porteuses du virus de la planète. Huit orphelins du sida sur 10 sont africains, a fait savoir l’Unicef.

Un pays propice à la propagation du virus

Les idées fausses sur le VIH/SIDA demeurent largement répandues au Nigeria. Près d’un quart de la population pense qu’elle peut être contaminée au VIH en utilisant les mêmes toilettes qu’une personne séropositive, ont révélé les résultats des enquêtes menées par l’Unicef.

Kuzonyawo Tanko vit à New Karu, une communauté en pleine expansion située à la périphérie de la capitale fédérale Abuja, l’une des villes qui enregistre les taux de nouvelles contaminations parmi les plus élevés du pays, selon les responsables sanitaires.

« Ici, le taux de prévalence du VIH est certainement en augmentation », a déclaré Rufus Adeagbo, fondateur et directeur de Adolescent Action Pact (AAP), une des rares ONG présentes dans la région à se consacrer à la prévention du VIH et au soutien des personnes séropositives.

L’organisation de Rufus Adeagbo propose gratuitement des services de dépistage du VIH dans trois cliniques prénatales de New Karu. Selon les statistiques établies par ces structures, entre huit et 10% de la communauté serait porteuse du virus – soit plus du double de la moyenne nationale.

Les missions consultatives effectuées pour des organisations communautaires par Rufus Adeagbo permettent d’assurer une grande partie du financement de AAP. Il propose ses services à divers projets afin de les aider à obtenir des subventions pour les orphelins du sida ou des tests de dépistage volontaire.

Pour Rufus Adeagbo, le pays semble disposer des ingrédients propices à la propagation de l’épidémie, tels qu’une population de jeunes, célibataires et amatrice d’alcool.

« Dans chaque magasin, ici, on vend de l’alcool … on boit pour se faire plaisir, mais aussi pour se consoler. Beaucoup de gens sont déprimés », a-t-il affirmé.

Le Comité national de lutte contre le sida (NACA en anglais) s’est fixé comme objectif de changer les comportements sexuels de 95% de la population d’ici 2009. Pourtant, selon Rufus Adeagbo, il faudra plus de trois ans pour modifier les comportements sexuels.

Son organisation travaille avec des groupes de jeunes, forme des pairs éducateurs, et sensibilise les enfants avant qu’ils ne deviennent sexuellement actifs.

Malheureusement, de plus en plus d’enfants de New Karu ont déjà fait l’expérience des effets dévastateurs du sida. Un petit garçon de 14 ans, qui a perdu son père puis sa mère l’année dernière à cause du virus, a décidé d’agir. Il est l’aîné d’une famille de quatre enfants.

« Je veux être médecin, parce que les médecins aident les personnes malades, et je veux aider les personnes malades », a-t-il déclaré. « Mon père est tombé malade et il mort ».

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IRIN est rattaché au Bureau de Coordination des Affaires Humanitaires des Nations Unies (OCHA), mais sa ligne éditoriale reste libre et indépendante. Les articles qu'elle produit ne reflètent pas nécessairement la position des Nations Unies ou de ses différentes agences.

Le siège est basé à Nairobi au Kenya.

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Publié le Mardi 12 Septembre 2006 dans la rubrique Société | Lu 2721 fois