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Arlington Park de Rachel Cusk : Tea fourre-tout


« Il pleure dans mon cœur / Comme il pleut sur la ville ». La ville est Arlington Park. C’est un quartier résidentiel d’une banlieue anglaise. On y est tranquille depuis qu’on a quitté Londres.

On y habite un grand pavillon avec une grande cuisine. On y est marié. On y a des enfants. Et il pleut. Et on s’y ennuie et on y ressasse la vie qu’on aurait pu avoir.

C’est ici que résident Christine, Juliet, Maisie et quelques autres femmes qui ont en commun la lassitude, parfois le dégoût de vivre. Chacune a des rêves et des désirs éteints à force de les soumettre à l’air du temps, quand tout autour : « ce n’était qu’acquisition et possession –regardez les tous (…) luttant pour acquérir et posséder ! ». Le scandale reconnaît l’une d’elles c’est quand « elle avait cédé à la tentation de croire que quelque chose pourrait changer ».
Arlington Park de Rachel Cusk

Une petite communauté se forme entre femmes « pleine (s) du dépôt des jours gâchés ». Ce n’est pas qu’elles n’aient pas de vie sociale, au contraire elles se rendent des visites, organisent des goûters ou font une virée au centre commercial dont la description est un temps fort de ce livre.

Ces rencontres sont autant d’occasions de faire sourdre les exaspérations, les jalousies et les rancœurs. Elles déclinent tous les sujets qui les oppressent comme le mariage et les enfants.

C’est une réussite que cette mise en récit des haines domestiques exercées par ces femmes sur leurs proches, engoncés elles-mêmes dans leurs cœurs comme dans leurs pensées. La pesanteur de leur existence, son caractère figé (Juliet remarque que ses professeurs « n’étaient pas humains du tout, plutôt ils étaient pareils à des figures sculptées symbolisant les attributs humains » trouve sa contradiction dans la surprenante et insidieuse vitalité des choses inanimées. Ici on laissera au lecteur le plaisir de la découverte.

Il pleut sur Arlington Park et cela donne dès les remarquables premières pages toute l’atmosphère du roman.

On doit beaucoup penser au poème de Verlaine dans Arlington Park, quand « Il pleure sans raison / Dans ce cœur qui s’écœure ».

Arlington Park
Rachel Cusk
Editions de l’Olivier
292 pages
21 euros


Publié le Lundi 17 Décembre 2007 dans la rubrique Culture | Lu 2687 fois