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Amitiés Sincères : un film d’amour… transgénérationnel !

Le film Amitiés Sincères de Stephan Archinard, François Prévôt-Leygonie est sorti en salle hier. Cette comédie raconte l’histoire d’une amitié entre trois hommes (Gérard Lanvin, Jean-Hughes Anglade et Wladimir Yordanoff) qui dure depuis plus de trois décennies… jusqu’au jour où l’un d’entre eux tombe amoureux de la fille de vingt ans de l’un de ses amis… Comme le souligne G. Lanvin : « l’amour n’est pas une question d’âge mais de vibration ».


L’histoire : Walter Orsini aime faire des grands gestes et parler fort, un peu. Il aime la pêche, la cuisine et les bons vins, beaucoup. Il aime Paul et Jacques, ses amis d’une vie, passionnément. Il aime surtout Clémence, sa fille de vingt ans, à la folie.

Mais il n’aime pas le mensonge, mais alors pas du tout. « Dans la vie, on se dit tout » voilà ce qu’il déclare à qui veut l’entendre et même aux autres... Mais il est bien seul à respecter ce principe. Aussi, comment Walter, le fort en gueule, va-t-il réagir quand il découvrira que ceux qu’il aime tant lui mentent effrontément ?

Walter par Gérard Lanvin

Le scénario d’Amitiés Sincères m’est arrivé au moment où j’envisageais de faire une nouvelle adaptation d’Un moment d’égarement de Claude Berri, où il est question d’un homme qui, pendant un été, va vivre quelque chose avec la fille d’un de ses amis.

J’ai sauté sur le scénario de François et Stephan parce que j’y retrouvais les thèmes qui me touchaient mais sans les points qui, à mon sens, méritaient d’être changés. On est cette fois sur un pitch très clair : votre fille tombe amoureuse d’un homme de votre âge, ce qui n’est pas facile à accepter, surtout quand elle est tout ce qu’il vous reste de vraie famille.

L’histoire d’amour entre la jeune femme et l’homme mûr est ici traitée sans aucune ambiguïté, de façon saine. C’est la raison pour laquelle les gens peuvent non seulement se sentir concernés, mais en plus en parler. Aujourd’hui, c’est un vrai phénomène de société. Beaucoup de femmes avouent ne pas s’intéresser aux hommes de leur génération, mais plutôt à des gens plus âgés qui leur amènent plus d’émotions. L’amour n’est pas une question d’âge, mais de vibration.

L’élan des deux metteurs en scène m’a aussi convaincu. Lorsque l’on vient vous voir parce que l’on vous aime et que l’on vous veut pour une telle histoire, même si tout n’est pas parfait, vous lisez. Ensuite, on a retravaillé tous les trois et j’ai découvert de vrais complices. J’ai vu des mômes qui ont la mentalité que j’espère garder, et trouver chez les autres. Ils savent faire confiance. Je ne demande pas à retravailler par principe ni pour marquer mon territoire, mais pour sortir le meilleur de ce que tout le monde propose. L’exactitude des rapports est ma priorité. Il faut donc le moins d’erreurs possible dans le texte puisque c’est de là que tout part. C’est ainsi que je fonctionne, avec le coeur et l’émotion. Ce sont des valeurs que j’ai retrouvées chez François et Stephan.

J’aimais l’idée de travailler sur un personnage un peu psychorigide, à qui personne n’ose dire la vérité alors que pratiquement tout le monde la connaît. Walter, mon personnage, est finalement un homme naïf, ce qui est toujours amusant à jouer. C’est un mec extrêmement sincère, entier, affectueux, mais qui a malheureusement commis une erreur de jugement vis-à-vis de sa femme. Cela l’a séparé de son épouse, Stéphanie, magnifiquement jouée par Zabou, et il en porte le poids chaque jour.

Tout le monde le trouve fort, mais comme souvent dans le cas des gens jugés solides, personne n’imagine ni sa sensibilité ni sa fragilité. C’était un personnage complexe à jouer parce que dans chaque scène, il y avait une émotion différente à travailler. Walter va peu à peu comprendre ses erreurs, même si cela ne changera pas les choses pour lui. Il sera quand même obligé d’accepter que sa femme vive avec un autre homme, à cause de sa bêtise. Il devra surtout admettre que sa fille quitte le foyer pour aller vivre avec un homme qui est de surcroît un ami.

On découvre Walter comme un monolithe, un bloc qui fonce. Tout l’enjeu en incarnant ce personnage est de révéler ses failles, ses faiblesses et l’affection qu’il porte vraiment aux siens. Impossible de passer à côté de ce genre de rôle ! Ce sont des personnages que j’aime jouer parce que je les comprends. Je ne comprends pas les salopards ! Quand j’observe la nature humaine, elle me désespère souvent. Je pense que le monde ne changera que lorsque les hommes changeront. Pour moi, l’émotion est bien plus intéressante à jouer sur des personnages qui ont de la sensibilité, qui portent de l’intérêt aux autres et pour qui la générosité et la gentillesse signifient quelque chose.

Amitiés Sincères : un film d’amour… transgénérationnel !
C’est aussi un film sur l’amitié et ce qu’elle a de plus beau quand elle dure. Des individus –hommes ou femmes– se fréquentent, puis la relation se prolonge et un jour, ils ne peuvent plus imaginer vivre les uns sans les autres parce qu’ils ont duré, en acceptant les qualités et les défauts de chacun, en surmontant ensemble les épreuves que la vie a pu placer sur leur route.

Il se crée alors une espèce d’osmose, des liens fraternels forts qui sont évidemment visités de temps en temps par des histoires auxquelles on ne s’attendait pas. Et Dieu merci ! Le film parle de tout cela avec autant d’esprit que de coeur.

Je ne connaissais pas ces deux jeunes réalisateurs dont c’est le premier film. Par contre, le premier point de vue d’un metteur en scène, c’est son casting. En bataillant parfois contre d’autres pour avoir ceux que nous voulions, je me suis rendu compte que Stephan et François avaient des choix très fins et très justes.

Jean-Hugues est un acteur que j’admire et que j’adore. Nous sommes de la même génération et amis depuis très longtemps. On a chacun notre parcours, et c’est un bonheur de le retrouver sur ce projet. Il y a chez Jean-Hugues beaucoup de sensibilité, d’intelligence et de fragilité. Ce sont des qualités que j’aime en général et qui s’expriment d’une très belle façon chez lui. C’est un acteur qui dégage énormément d’émotion. Il a tout de suite été évident pour moi.

Ensuite, j’ai proposé Wladimir Yordanoff parce que c’est un acteur magnifique avec qui j’avais déjà travaillé deux fois. J’adore son travail de comédien, mais l’homme est aussi remarquable. Au-delà de toutes nos différences, de nos parcours, le rencontrer permet d’échanger et de passer de bons moments.

Ce sont les réalisateurs qui ont pensé à Zabou, et nous avons parfaitement fonctionné dès la première journée de travail. Jouer avec elle était un bonheur. Nous avons beaucoup travaillé la relation entre Stéphanie et Walter, et Zabou s’est toujours engagée avec nous en s’adaptant. À travers notre travail, la relation de ce couple prend une autre force, permettant presque d’envisager un futur. Zabou a aussi amené sa manière de dire les choses, son regard, son esprit et sa sensibilité. Elle était idéale pour ce rôle.

Ana Girardot m’a permis de jouer un père parce qu’elle a su être ma fille pour ce film. Il faut des acteurs très solides et beaucoup de talent pour jouer les enfants face à des acteurs de notre génération. Elle avait de l’affection dans l’oeil, de l’intelligence dans le jeu, mais aussi dans la vie.

Le tournage s’est fait dans un esprit qui ressemble au film, ouvert, chaleureux et humain. C’est une histoire simple, mais bourrée de petits moments heureux qui peuvent rester dans le coeur des gens, parce qu’ils leur parlent et leur ressemblent. Pour s’intéresser, le spectateur doit pouvoir se projeter dans les personnages, et je pense qu’il y a ici une palette de gens différents, mais qui nous ressemblent à tous en même temps. On est sur le genre d’émotions que je souhaite partager. En découvrant le projet terminé, j’ai vu le film que l’on rêvait de faire, celui dont on se parlait.

Dans ma vie d’acteur, ma seule ambition est d’apporter de l’émotion et du plaisir pendant une heure et demie. On fait partie d’une histoire qui n’est faite que pour distraire. Je suis heureux de pouvoir enfin partager, avec mes potes metteurs en scène, avec mes potes acteurs et avec l’équipe, ce que nous avons préparé pour le public. Il y a beaucoup d’émotions différentes et de vraies valeurs dans ce film, et c’est pour cela que je fais ce métier.

Paul par Jean-Hugues Anglade

À mon sens, ce film est une fable sur l’amitié qui aborde plusieurs sujets assez rares et actuels sous un angle drôle et très humain. Pour ma part, j’ai trouvé intéressant de me confronter à la psychologie de ce personnage d’écrivain, amoureux de la fille de son meilleur ami, et qui ne sait pas comment gérer cette situation. Sur ce postulat de départ, observer comment la vie peut mettre à l’épreuve une amitié de trente ans devenait très intéressant. L’amitié, vue au prisme de ces rapports sincères et inattendus, y trouve une dynamique dramatique savoureuse.

J’ai aussi été attiré par le côté posé des metteurs en scène, qui m’ont présenté leur film en se référant à l’esprit de ceux de Claude Sautet. C’est un cinéma sur la retenue, sur les non-dits, sur les regards. On y parle de la vie, avec un vrai point de vue. J’ai aimé leur approche réaliste, pudique, pleine de recul. On y trouve aussi une nostalgie et des valeurs dans l’amitié dont on parle assez peu. On a tous un ou deux amis avec lesquels on a une histoire particulière, un peu comme ces trois hommes dont on suit le parcours.

En travaillant le rôle, j’ai beaucoup pensé à Claude Sautet. J’ai tenu un rôle dans son dernier film, Nelly et Monsieur Arnaud. Ce fut une expérience trop furtive à mon goût, mais c’est Sautet qui m’a donné envie de faire du cinéma. C’est en voyant ses films dans les années 1970 que j’ai vraiment voulu exercer ce métier, attiré par les personnages qu’il filmait. Je suis resté fidèle à Sautet, et il est très présent dans ma vie et dans mon esprit.

François et Stephan sont un peu ses fils spirituels, mais cela ne veut pas dire qu’ils n’ont pas leur propre style. Ils font du cinéma d’aujourd’hui, en partageant simplement avec lui une certaine humanité et un regard sur la vie. Leur film est toujours à la limite de l’humour et de la tragédie. Ce trio amical se retrouve sous les feux croisés de différents thèmes de société très actuels, ce qui rend le film délicieux à suivre.

Le personnage de Paul est nourri par ceux qui l’entourent et réciproquement, parce qu’ils se remettent en cause et se définissent en creux les uns par rapport aux autres. Pour jouer Paul, j’ai essayé de travailler en laissant des choses partir de moi, sans forcément les contrôler. C’est assez différent du personnage de Caplan dans la série « Braquo » par exemple, sur lequel j’ai plus de contrôle. Pour interpréter Paul, je faisais confiance aux metteurs en scène.

Le personnage de Gérard Lanvin est vraiment celui qui cristallise l’histoire autour de lui. Gérard souhaitait pourtant que ce soit un film choral, et cela a tout de suite teinté l’esprit du projet. Tout le monde, lui le premier, s’est montré généreux envers les autres. On n’a pas du tout été dans une position de prédateurs les uns par rapport aux autres. C’est très agréable. Les metteurs en scène avaient soigneusement préparé leur découpage sans avoir besoin d’une surenchère de plans. Ils étaient très axés sur le jeu. Ils nous ont fait confiance et ont pris ce qu’on leur donnait, toujours en nous encourageant, sans jamais nous forcer.

Lanvin possède un instinct du jeu et une beauté de l’âme, une noblesse du coeur, qui le rendent digne d’incarner des personnages de cette qualité. Dans un autre style, Wladimir Yordanoff est un type intellectuellement brillant. Dans le jeu, il fait preuve d’une subtilité, d’une décontraction et d’une maturité qui font que tout ce qu’il joue passe naturellement. Je me situe sans doute quelque part entre les deux, un peu plus sauvage, un peu moins cultivé que Wladimir, bien qu’ayant travaillé avec des « intellos », comme Chéreau, les frères Taviani, Benoît Jacquot… Mais Gérard est au-delà de ça, il peut tourner avec qui il veut, dès lors qu’il y a du vrai, du chaleureux. C’est l’essentiel pour lui.

Ana Girardot est une jeune comédienne très fine, très sensible. Elle est venue avec son âme de jeune fille, et moi avec mon âme de quinquagénaire. Dans son regard, je me suis vu comme quelqu’un que l’on peut aimer. Nous avons partagé de jolis moments.

En découvrant le film terminé, j’ai été impressionné par la qualité de jeu de Gérard, Wladimir, Zabou et Ana. J’ai plus de mal à me percevoir. Quand je me regarde, je me demande quelle est la part la plus intéressante de moi. Est-ce la part maîtrisée ou celle qui m’échappe ? Chaque fois, je me rends compte finalement que c’est la part qui m’échappe. Et chaque fois que je vais travailler, je me dis que je vais tout faire pour réduire cette part qui m’échappe. Je ne pense pas que cela puisse tuer la spontanéité, parce que de toute façon, ma tentative pour contrôler le jeu est vaine. Mais elle est nécessaire dans l’intention. C’est comme une force qui ne gagnera jamais mais qui déclenche quelque chose par rebond. On ne peut pas contrôler tout ce que l’on fait, et heureusement ! On a pourtant une responsabilité sur les rôles qu’on incarne.

J’ai ma façon de vivre l’amitié. Je suis très solitaire. J’ai besoin d’une grande liberté. Je ne veux surtout pas que l’on me fixe rendez-vous tous les mercredis à midi comme dans le film ! Ça, je ne peux pas. Le plus important, c’est d’être là quand il est vraiment question de vie ou de mort. Je suis très présent aux moments importants, mais je n’investis pas dans l’amitié au quotidien. Je sais très bien qui sont mes amis, et ce que je suis prêt à faire pour eux. C’est ce qui compte. J’ai une certaine compassion, mais surtout une grande curiosité par rapport à ce que me racontent les gens. Dans ma jeunesse, j’ai souffert d’un père absent à cause de son métier, et qui surtout n’écoutait pas. Je savais que quand je lui parlais, il pensait à autre chose. Cela a exacerbé quelque chose chez moi qui fait que j’écoute ce que quiconque souhaite me dire. Du coup, par respect, je préfère ne pas voir, plutôt que de mal écouter quelqu’un, un ami en particulier.

On peut avoir des amis très chers qui ne voient pas ou ne gèrent pas l’amitié de la même façon. Je suis un peu dans ce cas de figure. Dans le film, Walter, quoi qu’il découvre des secrets de ses amis, ne prononce aucun mot définitif. C’est aussi ce qui rend ce film très beau. Il parle de sa peine, de sa douleur, et la rage ou le ressentiment passent au second plan. Walter apprend à ouvrir son regard. Les amis servent aussi à cela. C’est une jolie parabole qui dépasse le cas particulier. Elle touche quelque chose d’universel en passant par une histoire particulière… Amitiés Sincères est un film qui peut parler à énormément de gens.

Clémence par Ana Girardot

Clémence, mon personnage, a du caractère, et c’est une bosseuse. C’est bien la fille de Walter ! Sa relation avec Paul n’est ni une provocation contre son père, ni une banale affaire de sexe. Elle ne s’est pas lancée dans cette histoire sur un coup de tête. C’est un vrai choix porté par des sentiments sincères.

Le personnage est assez différent de ce que je suis. Clémence a sans doute plus de tempérament que moi. Ce n’était pas mon caractère très doux qui devait être mis en avant. Le personnage exigeait d’être à la fois assez jeune pour être une fille, assez mature pour être une femme, et assez sensuelle pour être une maîtresse. Il fallait toujours trouver l’équilibre entre ces trois aspects, dont certains s’expriment parfois dans une même scène. Mon personnage porte certains des enjeux importants du film mais étant donné le casting, même si j’avais une pression, j’étais aussi en confiance parce que remarquablement accompagnée aussi bien devant que derrière la caméra.

Pour approcher Clémence, j’ai beaucoup travaillé en amont, et c’est un processus que j’aime. Cela vient sans doute de mes années d’études d’acting à New York. Notre prof nous demandait d’écrire le passé de nos personnages. C’est quelque chose que l’on ne voit pas dans le film, mais qui nourrit le jeu. Par exemple, pour ce film, j’ai écrit une lettre à mon père. Je lui explique pourquoi je suis tombée amoureuse de Paul et pourquoi je voudrais qu’il comprenne sans m’en vouloir. Pour le côté femme, je me suis beaucoup appuyée sur le jeu de Jean-Hugues Anglade. J’aime bien réagir à mes partenaires. J’allais tourner mes premières scènes d’amour et cela m’a entraînée vers un aspect du jeu que je ne connaissais pas. J’étais sur une féminité que je n’avais jamais utilisée avant. Je me suis aussi laissé guider par les deux réalisateurs.

Je ne suis jamais plus heureuse que sur un plateau. Jusqu’à présent, de projets en projets, j’ai eu la chance d’incarner des personnages différents. Du coup, je prends un plaisir fou à faire ce métier. Avec ce rôle et ce film, j’ai pu travailler mon rôle encore plus en profondeur, me concentrer davantage, et c’est quelque chose qui me plaît.

Pour la première scène tournée avec Gérard Lanvin, nous visitons un appartement dans lequel j’espère m’installer. Lui ne veut pas et fait tout pour que ça rate… Nous étions tout de suite dans le coeur du rapport de nos personnages. Je garde un excellent souvenir de ce premier jour. J’étais très impressionnée. Gérard a tout de suite été protecteur vis-à-vis de moi. Nous n’avons eu aucun mal à établir une complicité. Nous avions tous les deux envie d’avoir cette connexion entre père et fille. Par contre, quand il joue mon père en colère, j’étais réellement tétanisée ! Il n’avait pas besoin de crier. Tout se passait par le regard et c’était extrêmement intense.

Tourner face à deux réalisateurs était aussi une expérience. Stephan et François sont assez surprenants. Ils disent « Action ! » ou « Coupez ! » en même temps, sans se regarder ! Ils ont le même ressenti. Si l’un d’eux venait me dire quelque chose, c’était comme si le deuxième m’en avait déjà parlé. Cette communauté d’esprit dans le travail est d’autant plus étonnante qu’ils sont très différents dans la vie.

François et Stephan m’ont aussi confié leur amour des films de Claude Sautet. Je n’en avais pas vu beaucoup avant, mais ils m’ont apporté la collection entière que j’ai pu visionner. Cela m’a permis de découvrir quelques films magnifiques, mais je trouve qu’Amitiés Sincères est un film plus actuel. On est sur un humour d’aujourd’hui, un rythme d’aujourd’hui et des problématiques d’aujourd’hui.

Pour ceux qui connaissent Sautet, on peut parler de référence ou de filiation, mais pour tous les autres, c’est d’abord un film qui fonctionne avec des sentiments qui trouvent un écho en chacun de nous. Ce sont des situations qui concernent aussi bien les parents que les enfants et les amis. Il est question de relations, d’amour, de choses cachées – un peu ce qui arrive tous les jours, en fait !

Le film aborde des amitiés entre hommes, mais aussi des rapports homme-femme. Je suis trop jeune pour avoir l’expérience des personnages, mais je trouve que lorsque les hommes se font la guerre, c’est violent, ça hurle mais ça ne dure pas éternellement. Alors que les femmes ont souvent la rancune plus tenace. Il suffit d’ailleurs de regarder la relation entre Zabou et Gérard dans le film…

J’étais très contente d’être entourée de trois comédiens qui ont déjà une aussi grande carrière de cinéma. Chacun à leur façon, ils m’ont parlé, raconté, et c’était passionnant. Les voir fonctionner ensemble était un plaisir. Ils sont vraiment différents mais quand ils jouent leurs scènes ensemble, ça marche très bien.

Le film nous a aussi permis de parler des situations que vivent les personnages. Gérard m’a demandé ce qui se passerait si je tombais amoureuse du meilleur ami de mon père. Je crois que malgré tous les discours – ou les jugements définitifs façon Walter dans le film ! – il est impossible de connaître nos véritables réactions avant d’être confronté à la situation. À travers la comédie, c’est aussi ce que dit le film et je crois que cela peut donner envie au public d’en parler.

La dernière scène que nous avons tournée me laisse un souvenir très fort. Gérard vient voir Jean-Hugues pour lui dire qu’il sait tout, et un quiproquo s’installe. Je venais de jouer ma dernière scène juste avant. C’était le dernier jour. Il y avait beaucoup d’émotion. François et Stephan ne voulaient pas arrêter. C’était terrible. C’était la fin. Dans cette tension, Jean-Hugues et Gérard ont eu beaucoup de fous rires. C’était joli, joyeux, et très émouvant, comme le film.

Rencontre avec Stephan Archinard et François Prévôt-Leygonie (Scénaristes et réalisateurs)

Après avoir été votre première pièce, Amitiés Sincères est aujourd’hui votre premier film. Quel est votre parcours ?

S.A. : Lorsque François et moi nous nous sommes rencontrés, nous étions différents, nous n’allions pas forcément voir les mêmes films –mais nous nous sommes vite rendu compte que nous aimions tous les deux énormément le cinéma de Claude Sautet.
F.P.L. : On a mis plus d’un an à écrire. On se voyait assez peu, on avait chacun des jobs dans l’exploitation. Lorsque la pièce a été terminée, on l’a envoyée à Bernard Murat, avec l’idée qu’il joue l’un des personnages. On était des bleus complets ! Souvent, avec Stephan, on s’appelait pour se faire des blagues : « Salut, c’est Bernard, j’ai lu ton projet… C’est nul » ! Et lorsqu’un jour, Stephan m’a appelé pour me dire que Bernard Murat l’avait contacté, je ne l’ai pas cru ! On lui avait envoyé la pièce en juillet, et en octobre on travaillait avec lui. La pièce ne s’est jouée qu’un an plus tard, celle programmée avant – « Lunes de miel », avec Pierre Arditi – ayant été prolongée parce qu’elle marchait bien. Pendant ce temps-là, on a peaufiné le texte et Bernard nous a proposé Michel Leeb pour le rôle principal. On était curieux de voir ce qu’il pouvait donner, mais dès la première lecture, Michel a été formidable. Bernard et Michel nous ont amenés vers un peu plus de comédie et c’était très bien.

Votre pièce a été un des grands succès de 2005. Pourtant, le film est très différent. Quand l’idée du film est-elle née et comment avez-vous fait pour réinventer votre sujet ?

S.A. : Le projet de film est venu très tôt ; il a été question d’adaptation alors que la pièce n’était même pas en répétition. Dès le départ, nous étions convaincus qu’il ne fallait pas se contenter de faire une transposition de la pièce et qu’il fallait vraiment réécrire spécifiquement pour le cinéma.
F.P.L. : Cette période nous a permis de prendre le recul nécessaire pour aller vers un film à part entière. Plus de cinq ans se sont écoulés, durant lesquels nous avons eu beaucoup de contacts, de rencontres, d’échanges, et de propositions qui ont nourri le projet. Des comédiens et des réalisateurs ont été envisagés, souvent avec bonheur, mais il aura fallu tout ce temps pour que le film se concrétise comme nous en rêvions, et que nous décidions de le réaliser nous-mêmes. On a beaucoup réécrit, on s’est adjoint les services d’une script-doctor, Marie-Pierre Huster, qui au final est devenue notre coscénariste. On en était arrivés à une version satisfaisante et un casting potentiel, et puis nous nous sommes aperçus qu’à force de travailler la mécanique, nous avions un peu perdu l’émotion. De nous-mêmes, à contre-pied de l’élan général, nous avons décidé de tout reprendre et de ne pas céder à une belle occasion.

Vous remontez donc à la source de votre histoire, à l’esprit que vous souhaitiez. Quelle en avait été l’étincelle ?

F.P.L. : Au tout début, on cherchait un sujet dans la veine de César et Rosalie, mais beaucoup des thèmes que nous trouvions avaient déjà été bien traités. Et puis il m’est arrivé quelque chose de tout bête et de bouleversant. Un de nos amis allait se marier et m’avait demandé d’être son témoin. Nous étions avec son père chez un loueur de costumes de cérémonie à Saint-Germain pour essayer des jaquettes. C’était un moment joyeux, nous faisions les imbéciles et tout à coup, son père a reçu un coup de fil. Il est devenu blême. Son meilleur ami venait de mourir. On a soudain basculé dans un autre monde. Il nous a parlé de ce quartier où il avait grandi, de tous ces proches qu’il voyait disparaître un à un. L’émotion a été forte et c’est ainsi qu’est née l’idée d’un homme qui verrait tous ses repères s’effondrer en quelques jours.
S.A. : Notre personnage central, Walter, voit effectivement s’écrouler tout ce qui fait son existence. Sa vision de la vie et de ses proches explose en quelques jours. Dans la pièce, cela passait par la mort d’un pote, mais pour le film, nous avons trouvé plus fort et plus positif que cela passe par une remise en cause qui laisse quand même une chance au futur.

Qu’est-ce qui vous tentait chez Gérard Lanvin ?

F.P.L. : L’instinct. La loyauté qu’il dégage. Son côté brut de décoffrage dont le personnage avait besoin. On souhaitait aussi que Walter ait son charme, sa beauté. On voulait quelqu’un qui ne soit pas dans la séduction, mais qui séduise. Quelqu’un qui ne soit pas dans l’effusion, mais qui aime.
S.A. : L’idée que nous nous faisions de Gérard correspondait exactement à ce que nous imaginions du personnage. Lui seul pouvait jouer ce type rigide, grande gueule mais qui se révèle tellement attachant et touchant. Le fait est que Walter a dû trouver un écho en lui parce qu’il a eu le scénario un vendredi et il a donné son accord le lundi.

Pour votre casting, vous n’avez pris que des taiseux, avec des intériorités…

F.P.L. : C’est le genre d’individus que l’on aime. Sans être volubiles, ils apportent énormément par leur personnalité, leur présence.
S.A. : Au départ, en écrivant le personnage de Walter, on avait beaucoup pensé à Yves Montand, avec ce côté méditerranéen, truculent, mais on a vite associé l’image de Lino Ventura, un peu comme il est dans LA GIFLE de Claude Pinoteau. Peu à peu, le personnage de Walter est allé vers cette teinte. Et toute sa bande a suivi la même évolution.

Comment avez-vous choisi les amis de Walter ?

F.P.L. : Pour le personnage de Paul, l’idée de Jean-Hugues Anglade est venue très vite. On y tenait vraiment. En plus de ce qu’il est, on aimait l’image que ses rôles ont contribué à lui donner. Il porte un peu du personnage de 37°2 Le matin enrichi de tout ce qu’il a pu jouer de puissant. On trouvait aussi intéressant de le confronter à Gérard.
S.A. : Gérard et Jean-Hugues s’étaient à peine croisés dans Les marmottes. Ils représentent deux univers différents. À travers eux, en réduisant beaucoup, on confronte un peu Patrice Chéreau aux fripes de Vanves. Ils ont chacun leur parcours, chacun leur méthode de travail. Les voir jouer face à face était vraiment notre envie, surtout dans la situation que traversent leurs personnages…
F.P.L. : Pour compléter ce trio de potes, Wladimir Yordanoff est arrivé rapidement. Lui aussi amenait quelque chose de très humain à son rôle. Il a une certaine distance dans son jeu. Son personnage réserve des surprises. Même s’il est connu, son image publique est moins marquée que celle de Gérard ou Jean-Hugues, et son personnage avait besoin de cette composante qui sert l’intrigue.

Les femmes présentes dans la vie de Walter comptent aussi beaucoup…

S.A. : Pour le rôle de l’ex-femme de Walter, on voulait Zabou, mais on n’a pas osé lui proposer parce que c’est un second rôle. Pourtant, quand elle a lu, elle a tout de suite été d’accord. Travailler avec elle a été un bonheur.
F.P.L. : Pour le rôle de la fille de Walter, Ana Girardot s’est vite imposée. J’étais allé la voir dans Simon Werner a disparu… de Fabrice Gobert, et à peine sorti du cinéma, j’y étais retourné tout de suite parce qu’elle avait vraiment quelque chose de spécial. J’ai appelé Stephan pour lui parler de cette fille incroyable.
S.A. : On cherchait une jeune femme capable d’incarner à la fois une fille et une maîtresse. C’était compliqué… On en a vu beaucoup qui étaient l’une ou l’autre, mais très peu qui étaient les deux.
F.P.L. : Il y a d’autres rôles plus petits mais qui sont essentiels. Pour les jouer, on est allés chercher des gens au théâtre que l’on aime bien. C’est ainsi que Jean-Pierre Lorit interprète le politicien Valette, l’ex-proche de Yordanoff, et qu’Aladin Reibel incarne le type du Modem qui vient débaucher Jacques. Nous avons aussi embarqué pas mal de potes dans l’aventure pour jouer le chef du restaurant, le sommelier, le vétérinaire, l’agent immobilier…

Qu’espérez-vous apporter au public grâce à votre film ?

S.A. : Plus le public aura d’émotion, plus nous serons satisfait. C’est pour cela que nous allons tous au cinéma, pour ressentir. C’est une histoire dans laquelle beaucoup de gens peuvent se reconnaître et se projeter. Nous-mêmes l’avons fait alors que nous sommes plus jeunes que les personnages.
F.P.L. : Les premières projections ont été assez émouvantes, parce que beaucoup sont venus nous dire qu’ils avaient envie d’appeler leurs proches, potes, parents, femmes, filles ou pères parce qu’il fallait dire les choses avant qu’il ne soit trop tard. Même si on n’a pas fait le film pour délivrer un message, c’est touchant.

Aujourd’hui, vous sentez-vous plus scénaristes ou réalisateurs ?

S.A. : Je pense qu’on a pris un vrai plaisir de metteurs en scène. Pour ma part, j’ai vraiment aimé la relation avec les acteurs. Il est vrai qu’on était loin d’avoir les plus mauvais ! Pour notre premier long métrage, on a eu beaucoup de chance. Nous n’étions qu’avec des gens qui ont énormément d’expérience et qui se sont frottés à de sacrés metteurs en scène !
F.P.L. : Depuis le début de l’écriture de la pièce, plus d’une décennie s’est écoulée. Le film clôture un beau chapitre de notre vie. Le cinéma nous a appris des choses, mais le temps passe de plus en plus vite ! Il ne faut pas avoir peur. À partir du moment où l’on est sincère avec soi-même, on peut oser et tenter des choses.

Amitiés Sincères de Stephan Archinard, François Prévôt-Leygonie
Avec Gérard Lanvin, Jean-Hugues Anglade, Wladimir Yordanoff, Ana Girardot, Zabou Breitman, etc.
En salles le 30 janvier 2013


Publié le Jeudi 31 Janvier 2013 dans la rubrique Culture | Lu 1503 fois