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Allergies de contact et phytothérapie par le Dr Avenel-Audran

Dans le cadre du 10ème Congrès francophone d’allergologie qui se tient actuellement à Paris sur le thème Allergies et Vie Moderne, le docteur Avenel-Audran revient en détail sur les allergies de contact et la phytothérapie, très en vogue depuis quelques années avec la tendance « bio ».


Allergies de contact et phytothérapie par le Dr Avenel-Audran
On assiste actuellement à une prolifération de thérapeutiques « bio », partant du postulat que tout ce qui est naturel est bénéfique pour la santé et le bien-être. Aussi voit-on fleurir des disciplines nouvelles : naturopathie, phytothérapie, aromathérapie, etc… Ces disciplines trouvent une application élective en dermatologie et cosmétologie.
 
Pour autant il ne faut pas oublier que pour être naturels ces produits sont composés de molécules qui peuvent générer des réactions allergiques, en particulier des lactones sesquiterpeniques et autres terpènes. L’application de ces substances végétales sur la peau peut provoquer une sensibilisation qui se traduit par l’apparition d’eczémas de contact d’autant plus graves que la concentration est forte et la peau lésée.
 
Le baume du Pérou reste un des chefs de file les plus fréquemment rencontrés. Le benjoin renferme une résine qui lui est proche. L’huile de l’arbre à thé (Tea Tree Oil ou TTO), est une huile essentielle, obtenue à partir d’une myrtacée cultivée en Australie. Sa composition renferme des terpènes, mais n’est pas complètement connue. Son pouvoir allergénique est reconnu d’autant que des produits d’oxydation ascaridiol, ou 1,2,4trihydroxymethane ont un fort pouvoir sensibilisant. Il existe des sensibilisations croisées avec d’autres huiles essentielles, le baume du Pérou, la colophane, l’essence de térébenthine.
 
Les allergènes des lactones sesquiterpéniques sont retrouvées aussi dans différentes plantes de la famille des astéracées : arnica et calendula, qui sont utilisés en topiques cutanés avec parfois la camomille. D’autres huiles essentielles sont utilisées en aromathérapie comme principe actif ou comme excipient : l’huile essentielle de lavande, de peppermint ou le menthol est sensibilisant, d’eucalyptus, de laurier noble ou de cannelle qui contiennent des terpènes et des lactones sesquiterpéniques.
 
Des cas d’allergie de contact ont été également rapportés avec des huiles végétales obtenues à partir de graines employées en thérapeutique : l’huile de nigelle, l’huile de neem du margousier dont l’insecticide (azadirachtine ) est utilisé médecine ayurvédique pour traiter les poux et la gale.
 
D’autres extraits végétaux sont utilisés en thérapeutique : le ruscus pour ses propriétés anti-inflammatoires et vasoconstrictrices dans le traitement des varices et des hémorroides. Quelques cas d’eczémas ont été décrits. La Centella asiatica pour ses propriétés cicatrisantes, dont l’acide asiatique est un acide triterpénique. Les plantes du genre toxicodendron contiennent un allergène puissant (urushiol) utilisé en homéopathie. Un cas d’eczéma aigu généralisé après une prise de granules chez une patiente sensibilisée par l’application locale de rhus toxicodendron a même été décrit.
 
Les extraits de plantes utilisées en phytothérapie peuvent donc contenir des allergènes connus pour leur pouvoir sensibilisant. Cependant, il est difficile d’individualiser une catégorie spécifique d’allergènes utilisés en phytothérapie : les allergènes répertoriés sont essentiellement le baume du Pérou, les extraits d’astéracées, de bois de pin, et de TTO. Le diagnostic précis est difficile, les patients sont souvent polysensibilisés et les batteries standard de tests cutanés incomplètes. Il faut donc tester directement les produits appliqués et si possible le détail de leur composition. 


Publié le Jeudi 23 Avril 2015 dans la rubrique Santé | Lu 1723 fois