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Allemagne - Un jeune chrétien-démocrate déclenche une guerre de générations dans la classe politique


Les virulentes prises de position du président des jeunesses chrétiennes-démocrates allemandes ont déclenché la fureur au sein de la classe politique du pays : celui-ci remet en question la solidarité entre générations comme principe fondateur du système de protection sociale et ravive ainsi le débat déjà très animé autour de la réforme des retraites et de la solidarité intergénérationnelle.

Phillip Missfelder, 23 ans, a ainsi déclaré qu’il ne pensait rien de bien « des gens de plus de 85 ans qui se font payer des prothèses de hanche au frais de la société ». La ministre de la Famille, Renate Schmidt a immédiatement condamné ces « déclarations inhumaines, que même la jeunesse ne saurait excuser ». Lors d’un entretien sur la chaîne de télévision ZDF, elle a estimé qu’il était « fondamentalement erroné » d’affirmer que les gens de 85 ans, ayant œuvré à la reconstruction de l’Allemagne d’après-guerre, vivaient aujourd’hui aux frais de la jeunesse, comme le sous-entendait Missfelder. Le quotidien populiste « Bild », le plus gros tirage en Allemagne, a titré « Honte à toi » en s’adressant directement au jeune responsable chrétien-démocrate, et a publié les réactions d’une trentaines de retraités : « sans ma prothèse dentaire, je serais condamné à aspirer de la bouillie » dit l’un, « sans mon dentier, je n’oserais pas sortir dans la rue » ajoute un autre, « je ne serais plus indépendante sans ma prothèse de hanche » explique une troisième. La presse allemande évoque une « guerre des générations » qui dépasse les clivages politiques et s’étend jusqu’au sein de l’Union Chrétienne-démocrate (CDU), premier parti de l’opposition. Katherina Reiche, 30 ans, déléguée aux questions familiales dans l'opposition menée par Edmund Stoiber, a ainsi apporté son soutien au jeune Missfelder : « ceux qui ont entre quarante et soixante ans aujourd’hui doivent se demander comment leurs enfants assureront leur avenir, alors que les systèmes sociaux sont dépassés » par l’évolution démographique. Kurt Biedenkopf, 73 ans, célèbre ministre-président CDU de la Saxe, a reconnu « le courage et la vérité » de ses déclarations. A l’inverse, Walter Link, 66 ans, doyen des députés de la CDU, reproche l’« arrogance » de Missfelder. Otto Wulff, 70 ans, président des Seniors de la CDU a quant à lui déclaré : « si j’étais son grand-père, je lui donnerais une bonne fessée ». Phillip Missfelder s’est défendu en soulignant qu’il ne visait pas « la génération actuelle de retraités, mais le système de santé dans 20 à 30 ans ».

Le système actuel semble en effet promis à une mort annoncée par de nombreuses projections : « la contribution de l’Etat fédéral (aux retraites) a crû avec dynamisme durant les dix dernières années – ça ne peut plus continuer » avait déclaré en mai le ministre des Finances, Hans Eichel. « La part des dépenses de retraite dans le budget est passée de 14 à 29 % en trois décennies. Si cela continue sans ralentir, cette part sera de 80 % en 2050 ». Le gouvernement enchaîne les réformes et envisagerait désormais de relever le départ à la retraite à 67 ans à partir de 2011.


Publié le Mardi 12 Août 2003 dans la rubrique Divers | Lu 673 fois