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Senior Actu

Allemagne – Colocation senior : vivre ensemble pour fuir la solitude

La solitude est l’un des grands dangers et l’une des grandes craintes des personnes âgées. Elle peut entraîner la dépression, le laisser-aller, la malnutrition, etc. En cas de chutes, et sans moyen de communication à portée de main, elle peut s’avérer dramatique voire fatale. Afin d’essayer de résoudre ce problème, depuis plus d’un an, des seniors allemands de Dresde, capitale de la Saxe, ont décidé de vivre à plusieurs dans un appartement réaménagé. Qu'en est-il de cette colocation senior ?


Ainsi, depuis plus de douze mois, cinq personnes âgées vivent ensemble et partagent un appartement dans cette ville allemande, qui fût lourdement bombardée pendant la seconde guerre mondiale. Comme le souligne l’une des colocataires dans un récent article du quotidien américain The Christian Science Monitor : « nous faisons toujours attention aux autres », et c’est bien là, l’idée directrice de ce projet.

A l’origine, le concept de partage d’appartements entre aînés vient du nord de l’Europe : Benelux, Suisse ou encore la Suède. Au Pays-Bas par exemple, les colocations de seniors sont cinq fois plus courantes qu’en Allemagne. Quant à la France, aucune expérience de ce type n’est en cours à notre connaissance.

Naturellement, le partage d’appartements entre seniors, en est encore à ses débuts. La colocation entre personnes âgées n’est pas courante, ni habituelle. De nos jours, de nombreux trentenaires ont déjà vécut ce type d’expérience, en France ou à l’étranger, pendant leurs études ou au début de leur carrière. Chez les individus de 60/70 ans, c’est une autre histoire. Ils n’ont jamais eu à partager leur logement avec une autre personne, sauf avec un proche ou des membres de leur famille. Comme le fait remarquer, la porte-parole de ces cinq colocataires, « de nombreuses personnes âgées pensent que ce système n’est pas fait pour elles, c’est ridicule. Les sceptiques, je leur conseille de venir nous voir et de constater par eux-mêmes ». L’année dernière, l’idée a tout de même attiré presque une visite par semaine.

L’une des actuelles colocataires a décidé de quitter son ancienne maison, lorsque son mari est décédé, il y a trois ans. Elle a depuis emménagé dans cet appartement, avec une amie de longue date. « Lorsque je suis venue visiter ce logement, j’ai vu qu’il restait une chambre de libre, j’ai immédiatement décidé de m’installer » précise-t-elle. De son côté, son amie souligne qu’elle s’est rapidement liée avec les autres colocataires. « Nous nous complétons » ajoute-t-elle. Certains sont en charge des courses ou des repas, d’autres organisent des voyages dans les villes environnantes et le seul homme de la maison s’occupe du petit bricolage.

Chaque nuit, chacun se retire dans sa chambre. Elles sont toutes équipées d’une mini salle de bain et d’une kitchenette. « Le soir tout le monde est tranquille, mais je sais que si je ressens le besoin de parler avec quelqu’un, il y a toujours un colocataire pour m’écouter » indique l’une d’entre elles. Et d’ajouter « c’est très important à notre âge ».

Lorsqu’une personne tombe malade ou se blesse, les autres sont là pour la soutenir et l’aider. L’une d’elle s’est blessée à la jambe. Grâce à la présence des quatre autres, elle n’a pas eu à se soucier de ses courses ni de son ménage. Une autre estime que l’on vieillit beaucoup plus vite en maison de retraite, « ici vous vous sentez jeune à nouveau ».

Ce concept est appelé à se développer, puisque qu’il devrait être reproduit dans plus de deux cents logements à travers le pays. « Entre le début de la retraite et la fin de vie, le temps qui s’écoule est de plus en plus long » précise Holger Stolarz qui a rédigé une série d’études sur le logement et le vieillissement. Jusqu’à maintenant, soit l’on vivait à domicile, seul ou en couple, soit l’on intégrait une maison de retraite. « Il est nécessaire, désormais, d’imaginer des solutions alternatives » indique ce spécialiste.

De plus, l’option maison de retraite coûte chère et le gouvernement, qui complète les frais d’hébergements lorsque les pensions ne sont pas suffisantes, tente de minimiser ce type de dépenses. Dans cette optique le partage d’appartements entre personnes âgées pourrait s’avérer une bonne solution : pratique, abordable et permettant aux seniors de vivre à domicile le plus longtemps possible.

Dans ce cas précis le montant du loyer est compris entre 270 et 380 euros par mois. L’agence qui propose cette solution a réalisé pour 42.000 euros de travaux pour rénover et adapter cet appartement.

Tout comme le partage de logements entre seniors et étudiants, la colocation de personnes âgées n’est pas LA solution à la solitude des aînés, ni au manque de place en maison de retraite, ni au maintien à domicile. Il s’agit simplement d’une idée supplémentaire, d’un nouveau concept, d’une solution originale, qui permettra peut-être à ceux qui le désirent et que l’idée séduit, de vivre leur vie à domicile en communauté, d’une manière moderne, rassurante et moins onéreuse.
Allemagne – Colocation senior : vivre ensemble pour fuir la solitude

Habitat alternatif pour les personnes âgées

Belgique : Antenne Andromède située en milieu urbain
Cette expérience existe depuis une vingtaine d’années. Elle est menée sous la tutelle d’un Centre public d’aide sociale, équivalent des CCAS en France. L’objectif principal de l’antenne Andromède est d’apporter des solutions aux problèmes liés à la solitude des personnes âgées. Les habitants se choisissent par cooptation. Le projet couvre six appartements occupés par cinq résidents. L’aide professionnelle est flexible. Une réunion entre ces professionnels et les résidents a lieu très régulièrement et un travailleur social visite fréquemment les différentes unités. Cette formule d’accueil est intéressante également sur le plan financier et se trouve donc souvent accessible aux personnes à revenus modestes.

Royaume-Uni : le concept Abbeyfield
L’idée est née au cœur de Londres au milieu du vingtième siècle. A l’heure actuelle, plus de 10 000 personnes vivent dans des maisons Abbeyfield à travers le monde. Cette formule est souvent accessible à des revenus modestes car l’investissement de départ provient de fonds publics ou de dons. Il s’agit d’une formule de vie communautaire où la solidarité entre les habitants joue un rôle important. Une autre clé du dispositif est le volontariat. En effet, un groupe de volontaires collaborent au fonctionnement de la maison et sont attentifs à insérer les habitants dans la vie sociale du quartier. Afin de garantir le bon fonctionnement logistique de la maison et des services communs, il arrive qu’ « une maîtresse de maison » soit engagée à cet effet. Ce type de projet est géré par les habitants eux-mêmes et les volontaires. Ce sont les deux composantes de base du conseil d’administration de l’association, propre à chaque maison. A l’heure actuelle, un projet existe en milieu semi-rural et un autre vient d’ouvrir en milieu urbain.

Belgique : Expérience pilote Ten Kerselaere
Il s’agit ici d’une expérience pilote en Communauté Flamande qui a développé un concept de zone d’habitat et de soins. De manière générale, tout est conçu de manière à éviter une ambiance strictement hôtelière ou médicalisée. La réflexion s’est orientée vers la création d‘une atmosphère chaleureuse et agréable pour tous (professionnels, résidents, familles et visiteurs). L’offre de réception est très plurielle et essaie de déployer un éventail de formules d’accueil pour la population environnante.



Publié le Lundi 25 Avril 2005 dans la rubrique Société | Lu 21514 fois