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« Âge et Homosexualité » : quels sont les grands défis du vieillissement de la communauté homosexuelle ?

L’Association nationale de réflexions « Homosexualités Et Socialisme » (HES) qui porte des propositions sur les questions lesbiennes, gaies, bi et trans (LGBT) depuis 20 ans, a mis en place une commission baptisée « Âge et Solidarité » pour réfléchir aux grandes questions liées au vieillissement des personnes homosexuelles. A l’occasion de la mise en place d’un questionnaire destiné à identifier les difficultés, les doutes et les aspirations des personnes LGBT face au vieillissement, Jérome Brézillon responsable des Commissions pour HES, a répondu aux questions de Senioractu.com.


« Âge et Homosexualité » : quels sont les grands défis du vieillissement de la communauté homosexuelle ?

Pouvez-vous nous décrire HES en quelques mots ?

Jérôme Brézillon HES est une association nationale de réflexions qui porte des propositions sur les questions lesbiennes, gaies, bi et trans (LGBT) depuis plus de 20 ans. Proche du Parti socialiste, elle fédère et rassemble des militant-e-s et sympathisant-e-s de toute la gauche républicaine et démocrate, intéressés par les questions LGBT. (…)

Par ailleurs, HES aborde tous les sujets qui concernent directement ou non les personnes LGBT : éducation, familles, la question des prisons, droit d’asile et au séjour, santé, spécificités lesbiennes, lutte contre les discriminations, PACS, questions trans, droits européens et harmonisation positive...

Ces thématiques sont abordées dans le cadre de commissions et font l’objet de dossiers complets reprenant l’axe philosophique du sujet traité, les cas concrets, les propositions législatives et réglementaires. C’est dans ce cadre qu’a été élaboré un questionnaire « Âge et Homosexualité », destiné à identifier les difficultés, les doutes et les aspirations des personnes LGBT face au vieillissement. .../...

Quelles sont, selon vous, les principales problématiques liées au vieillissement de la communauté LGBT ?

JB « Vieillir Gay » est une problématique en soit. Les personnes LGBT âgées d’aujourd’hui ont connu de multiples révolutions sociétales qui les affectent encore aujourd’hui même s’ils n’en sont pas les principaux acteurs. De nos jours, nul ne peut contester le droit à la liberté de vivre son orientation sexuelle. Les questions qui se posent aux jeunes homosexuels aujourd’hui ne sont pas celles qui se posaient à leurs aînés.

Le silence, l’absence de communication institutionnelle sur ces sujets ont induit un modèle de développement personnel très différent de celui des nouvelles générations. Combien de personnes LGBT âgées nous ont expliqué que le PaCS, que les plus jeunes ont adopté, ne leur correspondait pas ? Les personnes LGBT âgées, souvent, ne veulent que vivre comme elles l’entendent, tout en apportant leur histoire, leur vécu, et leurs difficultés rencontrées jadis.

On ne peut pas parler de vieillissement sans affronter les problèmes de santé, de transmissions de patrimoine, mais bien plus encore d’accompagnement, sous le signe de la dignité. Tout le monde sait que le vieillissement s’accompagne d’un ralentissement du métabolisme, qui souvent s’aggrave par des maladies, diverses et variées. Ces dernières peuvent être une simple gêne, ou au contraire, peuvent conduire à une hospitalisation lourde.

Malheureusement, souvent, le VIH rend la situation très complexe. J’ajouterai au passage que les transsexuel(le)s âgé(e)s découvrent une situation inédite : être vieux et trans. La société aujourd’hui ne sait pas comment répondre. Et c’est bien en cela qu’HES veut apporter quelque chose : apporter des réponses à des situations nouvelles, qu’elle accompagne par des propositions fortes.

Mais l’accompagnement n’est pas que sociétal. Aujourd’hui, dans les établissements spécialisés, il est difficile pour les couples de vivre ensemble, d’autant plus si l’on est homosexuel. Il serait « interdit » de vivre la fin de sa vie avec le partenaire avec qui on en a partagé chaque étape ? Et pourtant, souvent, les établissements s’y refusent.

La loi ne permet pas d’accorder le droit de transmettre son patrimoine à la personne avec qui on a partagé sa vie, quelle que soit la forme du couple. HES se bat pour porter l’égalité entre les droits des uns et des autres, pour sortir de ces absurdités institutionnelles.

Quelles sont les mesures à prendre d’urgence, les plus importantes en vue de l’arrivée massive de baby-boomers à l’âge de la retraite ?

JB HES, par ses rencontres avec différents partenaires institutionnels et associatifs, s’est rendu compte du défi majeur à relever demain sur les questions liées à l’âge. Aucun organisme aujourd’hui ne peut exposer correctement les discriminations des personnes vieillissantes LGBT. Comme si « elles n’existaient pas ».

Nous manquons de recul sur cette population. Par ce questionnaire, nous voulons mieux appréhender les difficultés rencontrées par les personnes LGBT vieillissantes, mais aussi faire des propositions pour ceux qui demain, seront âgés.

Il faut répondre à tous ces aspects : vivre dignement et correctement. D’un point de vue législatif, il faudra inévitablement aborder les questions liées au patrimoine, dans le contexte des familles multiples. De même, il faut réfléchir ensemble au type de structures que l’on souhaite. Différents choix peuvent être faits : soit habiter chez soi, soit chez des proches, soit en résidences médicalisées, soit en établissements. Tous apportent des avantages et des inconvénients. Ce choix se fait souvent selon des contraintes, plus que selon une volonté. Nous devons proposer des solutions d’accompagnement pour chaque structure choisie, où l’orientation sexuelle ou l’identité de genre ne doit pas être un frein.

Un mot sur le Sida ? Cette génération de seniors LGBT semble moins sensible à l’utilisation du préservatif ? Qu’en est-il selon vous ?

JB Malheureusement, nous ne pouvons qu’être solidaires de ce ressentiment. À l’heure où la pandémie de SIDA, si l’on ne doit parler que d’elle, s’étend, comment peut-on expliquer l’absence de politiques nationales de prévention ?

L’un des tabous majeurs aujourd’hui, est la vie sexuelle de nos aînés. Il est vrai que l’on imagine rarement que les amis de nos grands-parents ont des relations sexuelles. Et pourtant… L’équilibre psychologique, déjà fragilisé avec l’âge, se fait aussi avec une vie sexuelle sereine. Ce qui est le plus étonnant, c’est que les personnes âgées sont en relation très régulièrement avec le corps médical, mais elles-mêmes relaient ce tabou.

Dans les maisons de retraite, aucune prévention n’est mise en place… Alors que c’est sûrement la population la plus difficile à convaincre. Quand on a vécu 50 ans de sa vie sans préservatif, il est difficile de modifier « ses habitudes »… Mais cela doit se faire et rapidement…

Pour conclure, je dirai juste que les questions liées au vieillissement de la communauté LGBT se retrouvent essentiellement dans la peur qu’ont nos sociétés de vieillir. Défendre le droit de vieillir dignement évitera le mal-être de nos aînés, en particulier de nos aînés LGBT. Il est urgent d’apporter des réponses à cette problématique qui constitue l’enjeu de demain.


Publié le Lundi 29 Janvier 2007 dans la rubrique Société | Lu 8880 fois