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Agatha au Café de la Danse : musique durassienne

Une femme a donné rendez-vous à un homme dans une maison délabrée qui n’est plus habitée depuis des années. Elle lui annonce qu’elle va le quitter, pour de bon cette fois-ci, et pour un autre homme qui lui ressemble. Ainsi débute la pièce « Agatha », de Marguerite Duras, écrite et créée en 1981, puis tournée au cinéma, et reprise actuellement au Café de la Danse, à Paris.


Agatha au Café de la Danse : musique durassienne
Dans les premiers moments de l’oeuvre, on ne sait rien de ces deux êtres, puis on découvre qu’ils se sont aimés -et s’aiment encore sans doute- et puis plus tard, qu’ils sont frère et sœur.
 
Alors commence un long retour en arrière où l’un et l’autre nous livrent des fragments de leur enfance dans cette maison au bord du fleuve et non loin de la mer. Sous l’œil attentif –complice ?- de leur mère, les deux adolescents ont trouvé le plaisir chacun de leur côté, puis se sont aimés.
 
Tout l’univers, lancinant, de Marguerite Duras se retrouve dans ce texte où temps et espace sont en permanence distendus ; distorsion que le metteur en scène Hans Peter Cloos, que l’on a déjà apprécié à Paris dans Strindberg ou Thomas Bernhard, a su ici aussi traduire magnifiquement.
 
Le décor est celui d’une vieille demeure aux papiers peints décollés, où ne subsistent que quelques meubles épars. On devine qu’il s’agit de la maison de leur enfance, où ils se sont donnés rendez-vous pour se retrouver une dernière fois. Des accessoires, à forte teneur symbolique, voire psychanalytique, ponctuent le récit, tels ce baigneur en celluloïd ou ce corset d’antan.
 
La musique, spécialement composée pour le spectacle, est très présente. Elle répond à l’évocation insistante de cette valse de Brahms, qu’on n’entendra jamais mais qu’on a tous en tête. Une bande vidéo, projetée sur le mur en brique au-dessus de la scène, montre de façon répétitive des images d’autrefois tels deux enfants dans une barque -le fleuve, encore le fleuve- ou le crâne dégarni d’un homme vu de dos –le père, dont on ne parlera jamais ?
 
Pour le metteur en scène, il est évident que petit à petit les deux personnages ne font plus qu’un, en tout cas que l’homme -on ne saura jamais son nom- cherche à se fondre dans le corps de sa sœur, tel ce moment où celle-ci le rase complètement, ou cet autre où tous les deux assis côte à côte dans un canapé, parfaites images blanches l’un de l’autre, se colorent la bouche du rouge sorti d’un même tube.
 
Les deux comédiens sont excellents. On ne dira jamais assez de bien de Florian Carove, jeune acteur autrichien qui se partage entre Vienne et Paris et qu’on a découvert au Théâtre des Mathurins dans « Saleté », de Robert Schneider, il y a une dizaine d’années. Il sait à merveille mélanger tragique et comique, alternant les mimiques d’enfant et les cris d’homme souffrant.
 
Sa partenaire, Alexandra Larangot, qui débute au théâtre, s’en tire avec les honneurs. Souhaitons-lui de devenir, comme d’autres avant elle ont su si bien le faire, la nouvelle voix de Marguerite Duras. Tous les deux méritent que vous veniez les soutenir sans tarder dans cette entreprise audacieuse.

Alex Kiev 

« Agatha », de Marguerite Duras
Café de la Danse
5, Passage Louis-Philippe 
75011 Paris
Jusqu’au 7 octobre 2017

Publié le Mercredi 27 Septembre 2017 dans la rubrique Culture | Lu 815 fois



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