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Académie Goncourt : 80 ans… Au-delà de cette limite, votre ticket n’est plus valable

Alors que l’âgisme doit être combattu par tous et à tous moments, la très respectée Académie Goncourt, créée en 1900, vient de fixer à 80 ans l’âge à partir duquel les membres du jury ne pourront plus prendre part au vote lors de l’attribution du Prix Goncourt.


Au-delà de cette limite, votre ticket n’est plus valable pourrait-on dire aux futurs membres de l’Académie Goncourt âgés de plus de 80 ans, en reprenant le titre d’un ouvrage de l’auteur Romain Gary... couronné deux fois par le Goncourt !

En effet, depuis peu, en réalité depuis le départ de l’écrivain François Nourissier qui a quitté ce cénacle littéraire le 8 janvier 2008 à l’âge de 80 ans pour raison de santé, l’Académie Goncourt a décidé d’engager une réforme de ses statuts.

Désormais, pour être jury et participer au vote, « seul le vote des membres présents sera pris en considération » pour l'attribution du prix Goncourt. Dont acte. De plus, il devient désormais incompatible de cumuler « une fonction à l'Académie Goncourt et toute fonction rémunérée chez un éditeur ». Dont acte également. Mais là où certaines voix s’élèvent, c’est lorsque les membres actuels de l’Académie ont décidé à l’unanimité « un passage automatique à l'honorariat à partir de 80 ans ». Autrement dit, à terme, les futurs académiciens qui atteindront l’âge de 80 ans dans les années à venir n’auront plus le droit de voter pour le prix Goncourt… .../...
Académie Goncourt : 80 ans… Au-delà de cette limite, votre ticket n’est plus valable

Cette décision n'est pas rétroactive. Elle ne concerne donc pas les membres du jury actuels de plus de 80 ans, à savoir Michel Tournier (83 ans), Robert Sabatier (84 ans), Jorge Semprun (84 ans) et la présidente Edmonde Charles-Roux (87 ans). Daniel Boulanger (85 ans) vient pour sa part de démissionner pour raison de santé. Par contre, cela pourrait concerner les quatre membres actuels qui sont âgés de moins de 80 ans : Françoise Chandernagor, Françoise Mallet-Joris, Didier Decoin et Bernard Pivot.

Dans ce contexte, l’écrivain et chercheur Jérôme Pellissier, également secrétaire de l'Observatoire de l'âgisme, s’insurge ! Il vient d’ailleurs de publier une tribune dans le quotidien Le Monde : « En quoi l'appréciation de la qualité d'un roman est-elle liée à l'âge ? Quelles sont les compétences qui viendraient automatiquement à manquer du fait du changement de décennie ? Faut-il conclure, pour être aussi précis que l'Académie, qu'après 80 ans on resterait capable de manger, mais pas de voter ? Vieux gourmand... mais vieux gâteux ? Alors même qu'on n'est jamais trop vieux, heureusement, pour recevoir le prix Goncourt. « Le temps ne fait rien à l'affaire ». Molière l'écrivit, Brassens le chanta : la compétence, l'incompétence ne sont pas affaire d'âge (ni, faut-il le rappeler, de genre, de couleur, de fortune, d'origine, etc.). A l'ignorer, on entre à pieds joints dans la discrimination ».

Rappelons qu’il n’y a pas de candidature pour intégrer l’Académie Goncourt. Il suffit d’être un auteur de langue française. Après le départ ou le décès d'un de ses membres, les académiciens se donnent un délai de quelques mois pour recruter un successeur par cooptation. L'académie se réunit ensuite lors d'un déjeuner mensuel (le premier mardi de chaque mois sauf en août) au restaurant Drouant à Paris.


Publié le Mercredi 19 Mars 2008 dans la rubrique Société | Lu 4988 fois