Couleurs du temps et de la vie
FAMILLE
L’école en campagne
Jeudi 6 Septembre 2007
L’école rurale d’aujourd’hui est une école dynamique. Elle est d’autant plus importante qu’elle assure la pérennité des campagnes, comme c’est le cas à Mazayes, dans le Puy-de-Dôme.
Pourtant, depuis plusieurs années, un mouvement de fond, qui vise à économiser des postes, menace particulièrement les écoles rurales. Vice-président du Collectif pour la promotion et la défense de l’école publique de proximité, Maurice Marteau rappelle l’importance de se battre pour « maintenir un service d’éducation sur tout le territoire ».C’est une tendance forte : les petites écoles et les collèges ruraux ferment. Leur nombre est en constante diminution. Un chiffre suffit à comprendre l’ampleur de l’hécatombe : De 19 000 écoles à classe unique en 1960, on est passé à moins de 5 000 aujourd’hui. Aujourd’hui, le recul du service public d’éducation continue de s’accélérer par le biais des regroupements et de la politique de concentration scolaire. Sous prétexte de renforcer « l’efficacité pédagogique », il s’agit ni plus ni moins que de réduire les coûts.
Contraintes budgétaires
Les fermetures de petits services ruraux sont directement liés aux restrictions budgétaires draconiennes décidées par l’Etat. Pour freiner les dépenses, l’un des moyens consiste à fermer les petits services de proximité (postes, gares, perceptions, hôpitaux et écoles) et les regrouper au sein de structures de plus grande taille. Il s’agit d’économies d’échelles. Car les collectivités locales, elles, voient leurs charges augmenter d’autant. Leur part dans le financement de la dépense d’éducation est passée de 15,6 % en 1974 à 22,4 % en 2004. Sur la même période, les dépenses de l’Etat dans le domaine ont diminué de 65,9 % à 60,6 %. De plus, au désengagement de l’Etat est venue se greffer la décentralisation, qui a donné encore plus de charges aux collectivités. Alors qu’elles géraient le patrimoine scolaire, celles-ci ont dû s’impliquer dans le développement des activités périscolaires (transports, cantines, garderie, etc.). L’administration ne tient pas non plus compte des autres coûts induits, certes pas faciles à chiffrer, liés au transport, mais aussi au coût qu’entraîne la désertification des petits villages. Dans le même temps, plusieurs textes proposent d’augmenter le financement de l’enseignement privé sur fonds publics. C’est le sens notamment des amendements de la loi de décentralisation du 13 août 2004, adopté sans débat au Parlement (lire ci-contre). Laquelle entend rendre obligatoire la participation des communes aux frais de scolarisation des élèves fréquentant des écoles privées en dehors de leur commune de résidence. « Par cette circulaire, on condamne définitivement les possibilités de développer l’école publique », s’emporte Jacqueline Boucher, coordinatrice du Collectif pour la promotion et la défense de l’école publique de proximité.
Atouts et richesses des petites écoles
Pourtant, l’éducation est un enjeu majeur de société. Et contrairement à ce qu’affirment les inspecteurs d’académie pour obtenir la fermeture des petites écoles, plusieurs rapports (dont certains ont été diligentés par les services de l’Etat) ont mis en lumière les performances scolaires des petites structures multi-âges. On peut citer le rapport de Françoise Oeuvrard, qui dit que « la configuration de ces établissements, qu’on pourrait supposer défavorable car liée à leur très petit effectif (...), ne semble pas préjudiciable aux élèves pour les apprentissages de base : les élèves des petites écoles rurales sont plutôt moins en retard que ceux des écoles urbaines. » Le rapport Mingat (de l’Institut de recherche sur l’économie de l’éducation) à, quant à lui, démontré que le maintien de ces petites structures ne revenait pas plus cher aux collectivités que les concentrations. Aujourd’hui, d’autres travaux de recherche, menés notamment par l’Observatoire de l’école rurale (OER), continuent de montrer que dans ce type de structures, les résultats en math et en français sont meilleurs, les taux de redoublement sont inférieurs et que les enfants affichent une plus grande autonomie.
Interview
"Faire des économies sur l’école, c’est grave"
Gérard Pelletier est président de l’Association des maires ruraux de France (AMRF). Il évoque l’importance de l’école pour la vie des communes rurales et le « scandale » du financement des écoles privées.
Que représente l’école pour un maire rural ? Les maires des communes rurales sont très attachés à leurs écoles. Ils savent que c’est un des derniers services publics présents. Parce qu’ils veulent que leurs communes se développent, ils ont consenti à des regroupements ; ils ont fait beaucoup pour le péri-scolaire. Alors quand on leur parle de « rendre » un poste ou de fermer une école, ils s’énervent et font tout pour la préserver. Faire des économies, sur l’école, c’est grave
Une nouvelle version de la circulaire imposant aux communes de financer la scolarisation des enfants dans le privé hors commune vient d’être signée. Comment réagissez-vous ? C’est scandaleux. Il est inadmissible d’imposer à une commune de payer pour une famille qui fait le choix de scolariser son enfant dans une école privée, qui plus est sur une autre commune. Les maires ruraux de France maintiennent leur opposition, déjà exprimée en octobre 2006. Nous disons aux élus de ne payer aucune des sommes qui pourront leur être réclamées à ce titre, sauf en cas d’accords locaux préalables, et de maintenir leur position jusqu’au contentieux si nécessaire. Nous allons épuiser toutes les voies de recours jusqu’au Conseil d’Etat. Je tiens à rappeler que c’est une affaire de fond. Il ne s’agit pas d’une guerre entre les maires de gauche et les évêques. Notre combat est un combat de principe républicain. Il en va de la survie de l’école laïque.
C’est d’autant plus grave que les collectivités voient déjà leurs charges augmenter dans le domaine du scolaire... Il n’y a pas que les charges qui augmentent. Il y a aussi les aides qui diminuent. On constate un désengagement progressif des caisses d’allocations familiales. L’Etat a fait main basse sur le magot. Le problème, c’est qu’on ne peut pas arrêter toutes les activités. D’ici quelques temps, nous n’aurons pas d’autre alternative que de solliciter le contribuable en augmentant les impôts.
La Terre
par Alexandra Chaignon
Rédigé par par Alexandra Chaignon le Jeudi 6 Septembre 2007 à 18:44
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