Couleurs du temps et de la vie
SOCIETE
Bilan 2006 : un excédent naturel record
Vendredi 23 Mars 2007
L’Insee estime la population de la France au 1er janvier 2007 à 63,4 millions d’habitants, dont 61,5 en métropole et 1,9 outre-mer [1]. En France métropolitaine, pour l’année 2006, le solde naturel atteint 276 500 personnes (796 800 naissances moins 520 300 décès),
le solde migratoire (la balance des entrées et des sorties) est estimé à 95 000.
De 2005 à 2006, l’espérance de vie progresse de quatre mois pour les hommes et de trois mois pour les femmes, atteignant respectivement
77,2 ans et 84,1 ans. Le changement de comportement à l’égard des personnes âgées depuis la canicule se traduit par une progression de l’espérance de vie au-dessus de la tendance observée avant 2003 : près de cinq mois ont été ainsi gagnés.
Le solde migratoire reste modéré. Même majoré à l’excès à 3 ‰ (au lieu de 1,6), pour tenir compte des migrations irrégulières, la France se situe encore vers le bas du tableau européen : le solde migratoire approche 4 ‰ au Royaume-Uni, 6 ‰ en Autriche et en Suisse, 8 ‰ en Irlande, 11 ‰ en Italie et… 15 ‰ en Espagne [4 ].
Ce bilan ne doit pas occulter les évolutions déjà inscrites dans la pyramide des âges. Au-delà du record actuel, la chute de l’excédent
naturel est inévitable : le baby-boom ayant pris fin en 1974, le nombre de femmes en âge d’avoir des enfants diminuera légèrement avant de se stabiliser, de même que le nombre de naissances, même si la fécondité actuelle se maintient. À l’inverse, à mesure que disparaîtront
les générations du baby-boom, le nombre de décès augmentera.
Le solde migratoire devrait donc devancer le solde naturel d’ici une génération, voire plus tôt, pour devenir la première composante de notre croissance et cela quel que soit le niveau futur des migrations,
par nature imprévisible. Ce ne sera pas l’effet d’un surcroît de fécondité des étrangers ou d’une politique migratoire mais le contrecoup
du baby-boom parvenu en fin de course.
77,2 ans et 84,1 ans. Le changement de comportement à l’égard des personnes âgées depuis la canicule se traduit par une progression de l’espérance de vie au-dessus de la tendance observée avant 2003 : près de cinq mois ont été ainsi gagnés.
Le solde migratoire reste modéré. Même majoré à l’excès à 3 ‰ (au lieu de 1,6), pour tenir compte des migrations irrégulières, la France se situe encore vers le bas du tableau européen : le solde migratoire approche 4 ‰ au Royaume-Uni, 6 ‰ en Autriche et en Suisse, 8 ‰ en Irlande, 11 ‰ en Italie et… 15 ‰ en Espagne [4 ].
Ce bilan ne doit pas occulter les évolutions déjà inscrites dans la pyramide des âges. Au-delà du record actuel, la chute de l’excédent
naturel est inévitable : le baby-boom ayant pris fin en 1974, le nombre de femmes en âge d’avoir des enfants diminuera légèrement avant de se stabiliser, de même que le nombre de naissances, même si la fécondité actuelle se maintient. À l’inverse, à mesure que disparaîtront
les générations du baby-boom, le nombre de décès augmentera.
Le solde migratoire devrait donc devancer le solde naturel d’ici une génération, voire plus tôt, pour devenir la première composante de notre croissance et cela quel que soit le niveau futur des migrations,
par nature imprévisible. Ce ne sera pas l’effet d’un surcroît de fécondité des étrangers ou d’une politique migratoire mais le contrecoup
du baby-boom parvenu en fin de course.
SOCIETE
SUICIDE AU TRAVAIL
Vendredi 16 Mars 2007
UN PAR JOUR ! C'est le chiffre des suicides liés au travail en France. Une donnée révélée par Christian Larose, vice-président du Conseil économique et social, et syndicaliste de la branche textile. « On recense en France entre 300 et 400 décès par suicide par an, liés directement aux conditions de travail.
C'est un chiffre en augmentation. Mais j'estime qu'il est sous-évalué », nous explique-t-il. Michel Debout, président de l'Union nationale de la prévention du suicide, arrive à la même conclusion : « Nous sommes face à un phénomène important et de plus en plus préoccupant, lié à la dureté du monde du travail et à sa précarité.
Cela touche tous les milieux, mais en particulier les cadres », précise-t-il. Tous motifs confondus, 10 000 personnes mettent fin à leurs jours en France et 140 000 font des tentatives de suicide. Ce sujet n'est aujourd'hui plus tabou. Hier, la direction d'EDF a annoncé la mise en place d'une « mission d'écoute et de compréhension » pour les employés de la centrale nucléaire de Chinon. T
rois employés s'y sont donné la mort ces six derniers mois, quatre en deux ans, dont un reconnu « maladie professionnelle » par l'assurance maladie. Chez Renault, sur le site de Guyancourt, la direction a décidé de lancer un vaste plan de réorganisation des services pour tenter d'enrayer la spirale des drames. Depuis deux ans, trois salariés se sont suicidés et un quatrième a fait une tentative. Le 22 janvier, un technicien de 44 ans, qui travaillait sur la nouvelle Twingo, a ainsi été retrouvé sans vie et, le 20 octobre 2006, un ingénieur de 39 ans s'est jeté du cinquième étage du bâtiment principal, devant des dizaines de témoins.
« Par peur de perdre leur boulot, les gens acceptent plus qu'avant des pressions psychologiques »
Pour Christian Larose, l'élément principal est à chercher dans la « résignation » de certains salariés, confrontés à la dureté des plans sociaux. « Par peur de perdre leur boulot, les gens acceptent plus qu'avant des pressions psychologiques et un langage insultant. On leur dit de sourire pour se vendre mieux et ils n'y arrivent pas. Alors ils se disent que ce sont eux qui sont à l'origine du problème et ils se mettent à plonger. »
Ce péril n'épargne pas le service public, en particulier le corps enseignant. Pour empêcher le pire, le psychiatre Mario Horenstein suit 300 professeurs par an au centre de santé mentale de la MGEN (Mutuelle générale de l'Education nationale) : « 50 % souffrent de troubles de l'adaptation avec manifestations de dépression active et 10 % de stress post-traumatique lié à la violence. Il est très important de les aider pour leur éviter de sombrer. » Mais comment arriver à distinguer les suicides motivés par des raisons d'ordre privé des actes directement liés à l'activité professionnelle ? Pour le psychiatre Jean-Pierre Soubrier, expert sur le sujet à l'OMS (Organisme mondiale de la santé), « les suicides reliés au travail sont surtout ceux qui se produisent sur le lieu de l'entreprise et ceux qui sont accompagnés par une lettre d'adieu explicite ».
En France, il reste beaucoup à faire en la matière. Selon un rapport de l'OMS, l'Hexagone occupe la troisième marche du podium des nations où les « dépressions liées au travail » sont les plus nombreuses, devancé seulement par l'Ukraine et les Etats-Unis.
Cela touche tous les milieux, mais en particulier les cadres », précise-t-il. Tous motifs confondus, 10 000 personnes mettent fin à leurs jours en France et 140 000 font des tentatives de suicide. Ce sujet n'est aujourd'hui plus tabou. Hier, la direction d'EDF a annoncé la mise en place d'une « mission d'écoute et de compréhension » pour les employés de la centrale nucléaire de Chinon. T
rois employés s'y sont donné la mort ces six derniers mois, quatre en deux ans, dont un reconnu « maladie professionnelle » par l'assurance maladie. Chez Renault, sur le site de Guyancourt, la direction a décidé de lancer un vaste plan de réorganisation des services pour tenter d'enrayer la spirale des drames. Depuis deux ans, trois salariés se sont suicidés et un quatrième a fait une tentative. Le 22 janvier, un technicien de 44 ans, qui travaillait sur la nouvelle Twingo, a ainsi été retrouvé sans vie et, le 20 octobre 2006, un ingénieur de 39 ans s'est jeté du cinquième étage du bâtiment principal, devant des dizaines de témoins.
« Par peur de perdre leur boulot, les gens acceptent plus qu'avant des pressions psychologiques »
Pour Christian Larose, l'élément principal est à chercher dans la « résignation » de certains salariés, confrontés à la dureté des plans sociaux. « Par peur de perdre leur boulot, les gens acceptent plus qu'avant des pressions psychologiques et un langage insultant. On leur dit de sourire pour se vendre mieux et ils n'y arrivent pas. Alors ils se disent que ce sont eux qui sont à l'origine du problème et ils se mettent à plonger. »
Ce péril n'épargne pas le service public, en particulier le corps enseignant. Pour empêcher le pire, le psychiatre Mario Horenstein suit 300 professeurs par an au centre de santé mentale de la MGEN (Mutuelle générale de l'Education nationale) : « 50 % souffrent de troubles de l'adaptation avec manifestations de dépression active et 10 % de stress post-traumatique lié à la violence. Il est très important de les aider pour leur éviter de sombrer. » Mais comment arriver à distinguer les suicides motivés par des raisons d'ordre privé des actes directement liés à l'activité professionnelle ? Pour le psychiatre Jean-Pierre Soubrier, expert sur le sujet à l'OMS (Organisme mondiale de la santé), « les suicides reliés au travail sont surtout ceux qui se produisent sur le lieu de l'entreprise et ceux qui sont accompagnés par une lettre d'adieu explicite ».
En France, il reste beaucoup à faire en la matière. Selon un rapport de l'OMS, l'Hexagone occupe la troisième marche du podium des nations où les « dépressions liées au travail » sont les plus nombreuses, devancé seulement par l'Ukraine et les Etats-Unis.
Le Parisien
Rédigé par Le Parisien le Vendredi 16 Mars 2007 à 10:32
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