Couleurs du temps et de la vie

FAMILLE

Contrairement à ce qu’affirme le gouvernement, le surcroît de consommation n’est pas dû à une hausse des salaires mais à une hausse de l’endettement.


LES FRANCAIS VIVENT DE PLUS EN PLUS  A CREDIT
L’économie française va-t-elle aussi bien que le prétend Thierry Breton ?

Le ministre de l’Économie, de l’Industrie et des Finances le répète à l’envi ces jours-ci : le pouvoir d’achat, les exportations, la croissance, la consommation (...) sont des indicateurs qui « progressent depuis un an ».

Il en veut pour preuve une « consommation (qui) n’a jamais été aussi forte qu’en février » (dans le Monde du 31 mars 2006).

L’augmentation de la consommation des ménages en produits manufacturés a été effectivement de 1,8 % entre janvier et février, et de 4,5 % sur un an, mais elle n’a pas été permise par une augmentation des salaires ni du pouvoir d’achat des ménages, contrairement à ce qu’il prétend.

les ménages très affectés
L’étude publiée hier par la Fédération bancaire française (FBF), l’organisation patronale bancaire, et réalisée par l’Observatoire de l’endettement des ménages (OEM), montre en effet une augmentation massive de l’endettement des ménages en 2005.

Pour Michel Mouillart (OEM), le « taux d’endettement des ménages en France est l’un des plus élevés de ces quinze dernières années ».

À 52,6 %, mis à part 2001, il faut remonter à 1989 pour trouver un taux aussi élevé. Le phénomène est particulièrement marqué chez les jeunes, « que ce soit pour des projets de consommation ou immobiliers », indique la FBF.

Ils étaient près de 58 % à détenir des crédits à la fin de 2005. « C’est le taux le plus élevé de ces quinze dernières années, en augmentation de 2 points par rapport à 2004 et de 7 points par rapport à 2003 », indique encore Michel Mouillart.
« 34,5 % détenaient (en 2005) des crédits de trésorerie (33 % en 2004) : c’est une des progressions les plus élevées jamais observées », poursuit-il, en notant un allongement de la durée des prêts (16,6 ans en 2005 contre 12,8 ans en 1993).

Enfin, le patronat bancaire fait observer que les crédits de trésorerie, s’ils financent des projets de consommation (automobiles...), « servent aussi à faire face aux dépenses de la vie courante ». Dit autrement, les revenus salariaux de beaucoup de ménages ne suffisent plus à faire face à la totalité des dépenses ordinaires et quotidiennes.

les effets taux d’intérêt bas
À ce propos, Patrick Artus notait (dans le Figaro Magazine du 8 avril) que « les ressources empruntées par les particuliers ont représenté l’an dernier 2,5 % du PIB pour une croissance de 1,5 % ».

« On peut en déduire que si les ménages n’avaient pas accru leur endettement, il n’y aurait pas eu de croissance du tout », faisait observer le chef économiste d’Ixis CIB.

D’ailleurs une telle situation d’endettement n’est permise actuellement que grâce aux bas taux d’intérêt. Par contre, si la remontée des taux enclenchée dernièrement par la Banque centrale européenne (BCE) devait se poursuivre, nombre de ménages ne pourraient plus faire face à leur endettement.

La belle assurance de Thierry Breton masque en réalité une situation explosive socialement et économiquement, d’autant que la réforme du gouvernement sur le « crédit hypothécaire rechargeable » vise précisément à endetter d’avantage les ménages les moins solvables en assurant aux banques une garantie sur des biens personnels déjà hypothéqués.

L'Humanité
Rédigé par L'Humanité le Mardi 18 Avril 2006 à 22:04